Hitech Productions est une petite société française créée par Bertrand Brocard, fondateur de Cobra Soft. Après la vente de Cobra Soft à Infogrames, Brocard crée Hitech Productions afin de conserver une certaine indépendance vis-à-vis de l’éditeur lyonnais, tout en continuant à travailler avec lui. La société reste donc dans l’orbite d’Infogrames, mais elle permet à Brocard de poursuivre ses propres projets, notamment dans le domaine de l’enquête et des jeux plus cérébraux.
Cette origine explique mieux la place de Hitech Production, un microcosme de passionnés, pensée pour prolonger une démarche d’auteur après l’intégration de Cobra Soft. Bertrand Brocard garde ainsi un espace de création, tout en bénéficiant de la puissance d’édition et de distribution d’Infogrames.
Le titre le plus connu associé à Hitech Productions est sans doute Full Metal Planète, adaptation informatique du jeu de plateau de Ludodélire. Le jeu original repose sur une idée forte : des compagnies minières débarquent sur une planète instable, récoltent du minerai, se battent pour le contrôle du terrain, puis doivent évacuer avant la catastrophe finale. L’adaptation vidéoludique conserve cette logique de stratégie, de placement, de ressources et de tension progressive.
Full Metal Planète est intéressant parce qu’il ne cherche pas l’action immédiate. Il demande de réfléchir, d’anticiper les marées, de protéger ses unités, de gérer ses transports et de choisir le bon moment pour sécuriser son minerai. C’est un jeu plus cérébral que spectaculaire, très marqué par son origine plateau. Sur micro, il garde cette saveur particulière des adaptations de jeux de société : un rythme posé, des règles précises, et une vraie importance donnée à la planification.
Hitech Productions est aussi crédité sur Murders in Space, publié par Infogrames en 1990 sur Amiga, Atari ST et PC. Le jeu est conçu par Bertrand Brocard, créateur bien connu de Cobra Soft et de plusieurs enquêtes policières comme Meurtres sur l’Atlantique ou Meurtres à Venise. Murders in Space reprend donc cette veine policière, mais la transpose dans un décor de station spatiale.
Le principe est séduisant : le joueur dispose d’un temps limité pour explorer la station, interroger les personnages, collecter les indices et identifier le meurtrier. L’enquête se déroule sur vingt-quatre heures de jeu, ce qui donne une vraie pression à la progression. On retrouve là l’esprit des jeux d’enquête français de la fin des années 80 : beaucoup d’informations à croiser, des déplacements à gérer, et une résolution qui repose autant sur l’observation que sur la logique.
Murders in Space est souvent vu comme le dernier épisode de la série policière de Bertrand Brocard. Il n’a pas forcément la notoriété de Meurtres sur l’Atlantique, mais son décor spatial lui donne une couleur différente. L’idée de placer une enquête criminelle dans un environnement clos, isolé, presque théâtral, fonctionne bien sur le papier. Comme souvent à cette époque, l’interface et la difficulté peuvent paraître raides, mais l’intention reste intéressante.
Le catalogue de Hitech Productions semble assez limité, ce qui explique que la société soit aujourd’hui difficile à cerner. Elle appartient davantage à cette couche de petits développeurs français travaillant pour des éditeurs plus visibles qu’à la famille des studios ayant imposé une grande identité propre. Infogrames occupe le devant de la boîte, tandis que Hitech apparaît surtout dans les crédits, comme beaucoup d’équipes de production de cette période.
Avec Full Metal Planète et Murders in Space, Hitech Productions laisse pourtant deux traces assez révélatrices. D’un côté, une adaptation de jeu de plateau stratégique, exigeante et peu commune. De l’autre, une enquête policière en huis clos spatial, héritière des jeux de Bertrand Brocard. Deux projets qui ne cherchent pas à suivre la mode de l’arcade pure, mais plutôt à proposer des expériences plus posées, plus cérébrales, presque à contre-courant du spectaculaire.
Hitech Productions reste un acteur modeste de cette période 16 bits par le faible nombre de leurs productions, surtout au regard de la période faste de Cobra Soft, mais toutes sont des productions internes et des jeux bien plus abouties qu'auparavant. Une société discrète, peu documentée, mais associée à des jeux qui racontent bien une facette moins médiatique de la production française : stratégie, enquête, adaptation, règles, indices, systèmes. Pas de mascotte, pas de grande saga, mais quelques titres qui méritent d’être replacés dans leur époque.