Titus fait partie de ces sociétés françaises nées au milieu des années 80, lorsque le jeu vidéo hexagonal ressemblait encore à une aventure de passionnés. Fondée en 1985 par les frères Éric et Hervé Caen, la société commence modestement en réalisant des logiciels et des jeux pour d’autres acteurs plus installés, comme Matra, Thomson, Infogrames, Loriciels ou encore Cobra Soft. À cette époque, il faut toucher à tout, travailler vite, adapter les jeux sur plusieurs machines et apprendre le métier en avançant.
L’envie de créer leurs propres titres finit pourtant par prendre le dessus. Le premier grand coup de Titus arrive avec Crazy Cars. Éric Caen, tout juste sorti du lycée, s’occupe de la programmation, tandis que son frère Hervé, dessinateur dans un bureau d’études, prend en charge la partie graphique. Le jeu de course n’est pas encore parfait, mais il arrive au bon moment et sur les bonnes machines. Voitures de sport, routes américaines, vitesse, dérapages : Crazy Cars donne à Titus une première vraie visibilité.
Ce succès permet à la société de poursuivre sur sa lancée. Très vite, les jeux s’enchaînent : Fire & Forget, Galactic Conqueror, Crazy Cars II, Knight Force, Fire & Forget II. Comme beaucoup d’éditeurs français de l’époque, Titus multiplie les adaptations sur Atari ST, Amiga, Amstrad CPC, Spectrum, Commodore 64 ou PC. Il faut être présent partout, parce que le marché micro est éclaté et que chaque machine possède son public.
À la fin des années 80, Titus commence à installer une identité assez reconnaissable. Ses jeux misent souvent sur une action directe, une présentation colorée, des thèmes accrocheurs et un goût certain pour les univers un peu excessifs. Le studio n’a pas toujours la finesse des meilleurs développeurs britanniques ni le vernis des grandes productions américaines, mais il possède une énergie bien à lui. On sent une société qui avance vite, parfois trop vite, mais qui a envie d’occuper le terrain.
Le début des années 90 confirme cette ambition. Prehistorik devient l’un des titres les plus connus de Titus, avec son homme des cavernes affamé, ses décors colorés et son humour simple mais efficace. Le jeu donnera naissance à une suite encore plus solide, Prehistorik 2, souvent considérée comme l’un des meilleurs jeux de plates-formes français de cette période. Dans le même esprit, Titus the Fox, version internationale des Aventures de Moktar, impose la petite mascotte de la maison : un renard malin, bondissant, immédiatement associé au logo Titus.
Titus touche alors à beaucoup de genres : course, action, plate-forme, stratégie, aventure, réflexion. Certains titres vieillissent mieux que d’autres, mais la société devient un nom familier pour les joueurs micro et consoles. On la retrouve sur PC, Amiga, Atari ST, Game Boy, Super Nintendo, puis plus tard sur PlayStation, Nintendo 64 ou Dreamcast. Titus fait partie de cette génération d’éditeurs français qui ont réussi à passer du monde des micros 8/16 bits à celui des consoles, même si le chemin ne sera pas toujours simple.
Les années 90 sont aussi celles de l’expansion. Titus grandit, se structure, rachète d’autres sociétés et cherche à prendre une place plus importante sur le marché international. Elle acquiert notamment Palace Software, puis BlueSky Software et Digital Integration. À la fin de la décennie, elle devient même actionnaire majoritaire d’Interplay Entertainment, un nom immense du jeu PC américain. Sur le papier, l’ambition est impressionnante. Dans les faits, cette croissance va aussi devenir un poids très lourd à porter.
Car Titus traîne aussi derrière elle quelques casseroles. Si certains jeux restent attachants, d’autres connaissent une réputation beaucoup plus difficile. Impossible de ne pas penser à Superman sur Nintendo 64, souvent cité parmi les jeux les plus ratés de sa génération. Le titre deviendra presque malgré lui un symbole de cette période où Titus veut jouer dans la cour des grands, mais se heurte à des productions plus coûteuses, plus complexes et beaucoup moins tolérantes aux approximations.
Au début des années 2000, la situation se complique sérieusement. L’expansion internationale, les rachats, les difficultés d’Interplay et l’évolution rapide du marché pèsent lourdement sur la société. Titus, qui avait commencé comme une petite structure familiale pleine d’envie, se retrouve prise dans une mécanique financière et industrielle bien plus dure. La société dépose finalement le bilan et disparaît au milieu des années 2000.
L’héritage de Titus reste contrasté, mais réel. On peut discuter la qualité de certains jeux, sourire devant quelques maladresses ou se souvenir de titres franchement discutables. Mais il ne faut pas oublier ce que la société représente dans l’histoire du jeu vidéo français : une entreprise partie de presque rien, portée par deux frères, capable d’imposer ses jeux sur une multitude de machines et de marquer toute une génération avec Crazy Cars, Fire & Forget, Prehistorik ou Titus the Fox. Titus n’a pas toujours été irréprochable, mais elle a eu cette énergie très particulière des pionniers français : tenter, produire, vendre, recommencer, parfois se tromper, mais avancer.