Loriciels fait partie des grands noms du jeu vidéo français des années 80. Fondée en 1983 par Marc Bayle et Laurent Weill, la société s’impose rapidement comme l’un des éditeurs les plus actifs du marché micro. À l’époque, tout va vite : une machine apparaît, un public se forme, les premiers jeux arrivent, puis une autre plate-forme prend le relais. Loriciels va très bien comprendre ce mouvement, en accompagnant successivement l’Oric, les machines Thomson, l’Amstrad CPC, puis les 16 bits.
La société fonctionne alors dans un esprit très différent des grosses structures modernes. Beaucoup de jeux naissent encore dans une chambre, un garage ou sur le bureau d’un passionné. Il suffit parfois d’envoyer son programme terminé à un éditeur pour espérer voir son nom sur une jaquette. Loriciels devient justement l’un de ces points de passage importants pour toute une génération de créateurs français.
Dès 1984, l’éditeur repère L’Aigle d’Or, un jeu d’aventure qui va devenir l’une des valeurs sûres de son catalogue. Le titre confirme une réputation déjà bien installée, après le Mystère de Kikekankoi. Les récompenses suivent, les ventes aussi, et Loriciels commence à enchaîner les titres marquants : Le Manoir du Docteur Genius, Infernal Runner, Orphée, Billy la Banlieue, Sapiens, Bob Winner, Cobra, Charlie Diams ou encore Mach 3.
Ce qui frappe dans le catalogue Loriciels, c’est sa diversité. On y trouve de l’aventure, de l’action, de l’arcade, des jeux parfois très simples, parfois plus ambitieux, mais souvent portés par une vraie identité. La société ne cherche pas seulement à suivre une recette unique. Elle publie beaucoup, tente beaucoup, et accepte aussi une part d’expérimentation qui fait le charme de cette période.
Chaque nouvelle machine devient une occasion de prolonger ou de relancer les succès précédents. Les hits 8 bits sont convertis d’un support à l’autre, avec plus ou moins de bonheur selon les contraintes techniques, mais toujours avec cette volonté d’être présent partout. Amstrad CPC, Oric, Thomson, Commodore 64, puis Atari ST et Amiga : Loriciels occupe le terrain.
En 1987, la société entre dans l’ère des 16 bits. Comme souvent, elle commence par adapter ses titres existants avant de chercher de nouvelles directions. C’est l’époque où Loriciels se distingue aussi avec des simulations sportives qui marqueront les joueurs, comme Turbo Cup ou Paragliding. Ces jeux montrent une autre facette de l’éditeur, plus technique, plus ambitieuse, capable de proposer autre chose que de simples portages améliorés.
La société continue pourtant à publier des jeux plus accessibles, souvent simples dans leur principe mais attachants dans leur exécution : Bumpy, Skweek, Space Racer, Disc, Baby Jo. Tous ne deviendront pas des classiques, mais ils racontent bien l’esprit Loriciels : un catalogue large, coloré, parfois inégal, mais toujours très présent dans le paysage micro français.
Parallèlement, Loriciels lance le label Futura, destiné à des jeux plus spécialisés, plus sportifs ou plus stratégiques, parfois moins grand public. Des titres comme Panza Kick Boxing ou Advanced Destroyer Simulator sortiront sous cette bannière. C’est une manière pour l’éditeur de mieux organiser son catalogue et de toucher différents profils de joueurs.
Au début des années 90, la situation devient plus compliquée. Le marché change vite. Les ventes sur machines 16 bits commencent à baisser, le PC prend de plus en plus de place, et les jeux demandent des budgets plus importants. Loriciels, devenu Loriciel sans le « s » final, tente alors de monter en gamme avec des titres plus ambitieux techniquement, comme L’Aigle d’Or : Le Retour, Jim Power ou Entity.
Jim Power, en particulier, montre cette volonté d’en mettre plein les yeux, avec ses scrollings, ses couleurs et son énergie très arcade. Mais le contexte n’est plus celui des années 80. Il ne suffit plus de publier beaucoup et d’être présent sur toutes les machines. La concurrence internationale se durcit, les consoles s’imposent, les coûts augmentent, et les éditeurs français de taille moyenne doivent affronter un marché beaucoup moins indulgent.
En 1994, Loriciel subit de graves difficultés financières, aggravées par des impayés liés à un distributeur américain. La société tente de continuer, mais l’élan des grandes années est brisé. Comme beaucoup d’acteurs historiques du jeu micro français, elle se retrouve prise entre la fin d’un monde et l’arrivée d’un autre.
Loriciel est finalement placé en redressement judiciaire en 2000, avant de disparaître l’année suivante. La société laisse derrière elle un catalogue immense, riche de plus de 150 titres, et une place importante dans la mémoire des joueurs. L’Aigle d’Or, Sapiens, Turbo Cup, Skweek, Bumpy, Panza Kick Boxing, Jim Power : autant de jeux qui racontent une époque où le jeu vidéo français avançait vite, parfois dans tous les sens, mais avec une énergie que l’on retrouve difficilement ailleurs.
Loriciels n’a pas toujours été régulier, ni toujours irréprochable, mais son importance est réelle. La société a accompagné presque toutes les grandes machines micro des années 80 et du début des années 90, donné leur chance à de nombreux créateurs, et participé à construire cette période très particulière où le jeu vidéo français cherchait encore sa forme. Une époque faite d’audace, de débrouille, de conversions, de jaquettes colorées, de succès inattendus et de paris parfois impossibles.