Activision naît en 1979, à une époque où Atari domine le marché de la console de salon avec sa VCS, plus connue ensuite sous le nom d’Atari 2600. À ce moment-là, les développeurs restent dans l’ombre. Les jeux se vendent parfois par millions, mais les programmeurs ne sont ni mis en avant, ni crédités, ni réellement associés au succès de leurs créations.
Quatre anciens d’Atari vont décider que cela ne peut plus durer : David Crane, Alan Miller, Bob Whitehead et Larry Kaplan. Avec Jim Levy, venu du monde de la musique, ils fondent Activision. L’idée est simple mais révolutionnaire : créer des jeux pour une console que la société ne fabrique pas elle-même, et surtout reconnaître les auteurs derrière ces jeux. Le nom des créateurs apparaît sur les boîtes, dans les notices, parfois même dans la communication. Pour la première fois, le développeur n’est plus seulement une main invisible derrière une cartouche.
Atari ne voit évidemment pas cette naissance d’un bon œil. Jusqu’ici, la logique était claire : le constructeur fabriquait la console et contrôlait les jeux. Activision vient casser ce modèle en devenant le premier grand éditeur tiers de l’histoire. Le conflit avec Atari finira par se régler, mais le précédent est immense. Tout un pan de l’industrie moderne vient de se mettre en place : des studios et éditeurs capables de créer des jeux pour une machine sans en être le constructeur.
Les premiers titres Activision arrivent au début des années 80 sur Atari 2600. Le style maison se reconnaît vite : des jeux lisibles, colorés, bien finis, souvent plus propres que la moyenne des productions de l’époque. Dragster, Fishing Derby, Freeway, Boxing ou Kaboom! montrent déjà cette volonté de faire des jeux simples à comprendre, mais difficiles à lâcher. Activision comprend très bien la force de l’arcade à domicile : une idée claire, une action immédiate, et l’envie de recommencer pour battre son score.
Le grand symbole de cette période reste évidemment Pitfall!, créé par David Crane en 1982. Avec Pitfall Harry, ses jungles, ses lianes, ses crocodiles et ses trésors à ramasser, Activision signe l’un des premiers grands jeux d’aventure-action sur console. Pour beaucoup de joueurs, Pitfall! donne à l’Atari 2600 une ampleur nouvelle. Il ne s’agit plus seulement de survivre dans un écran fixe ou de viser un score. On traverse un monde, on mémorise des passages, on cherche à aller plus loin.
La société enchaîne ensuite d’autres titres marquants comme River Raid, H.E.R.O., Enduro, Beamrider ou Decathlon. Tous ne sont pas devenus aussi célèbres que Pitfall!, mais beaucoup gardent cette solidité très Activision : une prise en main rapide, une difficulté progressive, une vraie clarté de jeu. Dans le chaos du marché Atari du début des années 80, où la qualité des cartouches peut varier du très bon au franchement douteux, Activision devient rapidement un nom qui rassure.
Le crash du jeu vidéo de 1983 frappe pourtant tout le monde, Activision compris. La société tente alors de se diversifier davantage vers les micro-ordinateurs. Elle publie ou développe des jeux sur Commodore 64, Apple II, Amstrad CPC, ZX Spectrum, Atari ST, Amiga et PC. Comme beaucoup d’éditeurs américains, elle doit traverser une période moins lisible, entre changement de machines, baisse du marché console aux États-Unis et montée du jeu micro.
Dans les années 80 et au début des années 90, Activision continue de produire et d’éditer des titres très variés. On retrouve dans son catalogue des jeux comme Little Computer People, Ghostbusters, The Last Ninja sur certains marchés, Shanghai ou encore MechWarrior. La société n’a plus toujours l’éclat de ses débuts sur Atari 2600, mais elle reste présente, souvent là où le marché bouge, en cherchant à suivre les machines et les publics.
Activision connaît aussi une période plus compliquée sous le nom Mediagenic. Le changement de nom, à la fin des années 80, accompagne une volonté de se présenter comme une société de logiciels plus large, pas seulement comme un éditeur de jeux. Mais l’identité devient moins claire, les finances se dégradent, et la société perd peu à peu la force de la marque Activision. Ce n’est pas un hasard si le nom Activision finira par revenir : il portait déjà une mémoire, une confiance, une histoire que Mediagenic n’avait jamais vraiment réussi à remplacer.
Au début des années 90, Bobby Kotick reprend l’entreprise et relance progressivement Activision. La société se reconstruit, rachète des licences, s’appuie sur des studios externes et retrouve une place plus solide dans l’industrie. La période n’a plus grand-chose à voir avec celle des pionniers de l’Atari 2600, mais Activision conserve une idée forte : être présent sur les machines qui comptent, avec des jeux capables de toucher un large public.
La fin des années 90 et le début des années 2000 vont transformer Activision en géant. L’éditeur publie des séries comme Tony Hawk’s Pro Skater, Spider-Man, Call of Duty, Guitar Hero ou encore plusieurs adaptations de licences populaires. Avec Call of Duty, surtout, Activision entre dans une autre dimension. Ce qui commence comme une série de FPS historiques autour de la Seconde Guerre mondiale devient l’une des franchises les plus rentables de toute l’industrie.
En 2008, Activision fusionne avec Vivendi Games pour former Activision Blizzard, réunissant sous une même bannière Call of Duty, World of Warcraft, Diablo, StarCraft ou encore Guitar Hero. Le petit éditeur né de la révolte de quelques programmeurs Atari devient alors l’un des plus puissants groupes du jeu vidéo mondial. En 2023, Microsoft rachète Activision Blizzard, une opération géante qui montre à quel point l’entreprise fondée en 1979 a fini par peser dans l’économie du divertissement.
L’histoire d’Activision est donc assez paradoxale. Au départ, la société naît d’une revendication presque artisanale : donner un nom et une reconnaissance aux créateurs de jeux. Quarante ans plus tard, elle devient l’un des symboles de l’industrie la plus massive, la plus commerciale et la plus concentrée. Entre Pitfall!, River Raid, Ghostbusters, Tony Hawk, Call of Duty et Guitar Hero, Activision raconte une grande partie de l’histoire du jeu vidéo moderne : celle du passage d’une poignée de programmeurs en quête de reconnaissance à un empire capable de peser plusieurs dizaines de milliards de dollars.