ReadySoft est une société canadienne basée à Toronto, surtout connue pour ses adaptations micro de jeux d’arcade en dessin animé interactif. Son nom reste attaché à une idée très précise : faire entrer l’expérience spectaculaire des bornes laserdisc comme Dragon’s Lair et Space Ace dans les ordinateurs domestiques de la fin des années 80 et du début des années 90.
Le pari est ambitieux, presque déraisonnable. Dragon’s Lair, conçu à l’origine pour l’arcade avec les animations de Don Bluth, reposait sur la qualité d’un dessin animé stocké sur laserdisc. Le joueur ne contrôlait pas librement un personnage comme dans un jeu d’action classique : il devait réagir au bon moment, dans la bonne direction, pour faire avancer la séquence. C’était davantage un film interactif à réflexes qu’un jeu vidéo traditionnel.
Adapter cela sur Amiga, Atari ST ou PC relevait du numéro d’équilibriste. Les machines domestiques n’avaient évidemment ni la capacité de stockage, ni la fluidité, ni la qualité vidéo d’une borne laserdisc. ReadySoft doit donc tout réduire, compresser, redessiner et découper. Pour le portage Amiga de Dragon’s Lair, les graphismes sont retravaillés à partir des originaux et une grande partie du contenu doit être supprimée ou réorganisée pour tenir sur plusieurs disquettes.
Le résultat impressionne fortement les joueurs de l’époque. Sur Amiga notamment, voir Dragon’s Lair tourner sur un ordinateur familial avait quelque chose de presque magique. Les animations, les couleurs et la mise en scène donnaient l’impression de posséder chez soi un morceau d’arcade prestigieuse. En revanche, le gameplay restait très particulier : une suite de choix très rapides, souvent punitifs, où l’on apprenait surtout par l’échec.
ReadySoft poursuit naturellement avec Space Ace, autre classique signé Don Bluth, sorti à l’origine en arcade en 1984. Le principe reste le même : une aventure animée, des réactions à déclencher au bon moment et une présentation très supérieure à ce que les micros affichent habituellement. Le studio canadien devient alors le spécialiste de ce type de conversion, entre prouesse technique et frustration ludique.
Pour compenser les scènes coupées dans les premiers portages, ReadySoft publie aussi des suites ou compléments comme Escape from Singe’s Castle et Space Ace II: Borf’s Revenge. Ces titres ne sont pas vraiment de nouvelles aventures au sens classique, mais plutôt une manière de récupérer du contenu absent, de prolonger l’exploitation des licences et de satisfaire les joueurs fascinés par ces dessins animés jouables.
La société ne se contente pas de porter les jeux de Don Bluth. Avec Guy Spy and the Crystals of Armageddon, sorti en 1992, ReadySoft tente de créer son propre dessin animé interactif. L’inspiration est évidente : un héros caricatural, une mise en scène très cartoon, des séquences d’action et des réflexes à enchaîner. Mais l’exercice montre aussi les limites du genre. Sans le prestige de Dragon’s Lair ou de Space Ace, le concept devient plus difficile à défendre.
ReadySoft développe ensuite Brain Dead 13, publié en 1995 sur MS-DOS avant d’être porté sur plusieurs consoles CD. Cette fois, la technologie FMV permet de se rapprocher davantage du dessin animé interactif rêvé quelques années plus tôt. Le joueur incarne Lance Galahad, jeune informaticien coincé dans un château rempli de pièges, de monstres et de personnages grotesques. Le jeu reste dans la droite ligne de Dragon’s Lair : beaucoup d’animation, des réactions minutées et une progression par mémorisation.
Brain Dead 13 montre à la fois la persévérance de ReadySoft et le problème de son créneau. Au milieu des années 90, le CD-ROM permet enfin d’afficher plus facilement de la vidéo, mais les joueurs attendent aussi davantage de contrôle, de liberté et de profondeur. Le film interactif, qui paraissait futuriste quelques années plus tôt, commence déjà à sentir le couloir balisé, même lorsqu’il est bien animé.
ReadySoft publie également quelques titres et outils en dehors de cette veine, notamment des émulateurs Macintosh pour Amiga comme A-Max II, ainsi que divers jeux ou produits multimédias. Mais son image reste très fortement liée aux adaptations de Dragon’s Lair et Space Ace. C’est à la fois sa force et sa prison : le studio devient presque synonyme d’un type de jeu très spectaculaire, mais extrêmement étroit.
L’héritage de ReadySoft tient donc à cette tentative de faire entrer le dessin animé interactif dans les foyers avant que le support CD-ROM ne devienne courant. Ses jeux n’ont pas toujours convaincu manette en main, mais ils ont marqué les regards. Sur Amiga, Atari ST ou PC, Dragon’s Lair et Space Ace donnaient l’impression de voir l’ordinateur dépasser soudain ses limites, même si cette magie reposait sur beaucoup de coupes, de compression et de patience.
ReadySoft reste ainsi une société très représentative d’un rêve de la fin des années 80 : transformer le jeu vidéo en dessin animé jouable. Un rêve parfois plus beau à regarder qu’à jouer, mais suffisamment fort pour avoir marqué toute une génération de joueurs fascinés par Dirk the Daring, Dexter, les dragons, les lasers, les morts instantanées et les disquettes qui tentaient courageusement de contenir un laserdisc entier.