Hudson Soft est l’un des grands noms japonais du jeu vidéo des années 80 et 90. La société est fondée en 1973 à Sapporo par les frères Yuji et Hiroshi Kudo, bien avant de devenir célèbre auprès des joueurs. À l’origine, Hudson travaille dans l’électronique et les logiciels pour micro-ordinateurs japonais, un secteur alors en pleine construction.
Avant les consoles, Hudson se fait donc d’abord connaître sur ordinateurs. La société développe et publie des jeux sur des machines comme le Sharp X1, le PC-8801, le MSX ou d’autres micros japonais. Cette période reste moins connue en Europe, mais elle est importante : Hudson y apprend à produire vite, à adapter ses jeux sur plusieurs supports et à comprendre un marché très fragmenté.
Le premier grand nom associé à Hudson est Bomberman. La série apparaît au début des années 80, mais c’est surtout avec ses versions consoles et micros de la fin des années 80 et du début des années 90 qu’elle trouve sa vraie identité. Le principe est d’une simplicité parfaite : poser des bombes dans un labyrinthe, détruire des blocs, récupérer des bonus et piéger ses adversaires. Une idée claire, immédiatement compréhensible, mais capable de produire des parties nerveuses et très tactiques.
Bomberman devient rapidement la mascotte officieuse de Hudson. Le personnage blanc à antenne, les explosions en croix, les bonus qui agrandissent la portée des bombes ou augmentent la vitesse, tout cela devient un langage universel. En solo, le jeu reste efficace. Mais c’est surtout en multijoueur que la série trouve sa magie. Sur PC Engine, Bomberman devient même l’un des meilleurs arguments pour jouer à plusieurs sur la même machine.
La version PC Engine de Bomberman, sortie en 1990, joue un rôle important dans cette évolution. Elle apporte un mode multijoueur jusqu’à cinq participants, ce qui était encore très impressionnant à l’époque, et sera adaptée en Europe sur Amiga, Atari ST et PC sous le titre Dyna Blaster. Pour beaucoup de joueurs européens, c’est d’ailleurs sous ce nom que la formule sera découverte.
Hudson est aussi lié à Adventure Island, série de plates-formes née après l’adaptation de Wonder Boy de Westone sur NES. Le héros Master Higgins devient l’un des visages les plus connus de la société, surtout sur les consoles Nintendo et NEC. La formule est simple : courir, sauter, lancer des haches, éviter les ennemis, gérer une jauge de vie qui diminue avec le temps. Rien de révolutionnaire, mais une efficacité très arcade.
La relation entre Hudson et NEC va justement devenir l’un des grands chapitres de son histoire. À la fin des années 80, Hudson participe activement à la conception et au lancement de la PC Engine, commercialisée en Occident sous le nom TurboGrafx-16. La machine est développée avec NEC, mais Hudson joue un rôle essentiel dans son écosystème logiciel. Peu d’éditeurs tiers auront été aussi liés à l’identité d’une console.
La PC Engine devient presque la maison naturelle de Hudson. Le studio y publie Bomberman, Bomberman ’93, Bomberman ’94, Adventure Island, New Adventure Island, Dungeon Explorer, Neutopia, Soldier Blade, Super Star Soldier, Final Soldier ou encore Air Zonk. Le catalogue est large, mais il garde souvent une même qualité : des jeux colorés, directs, très arcade, avec une vraie attention au plaisir immédiat.
La série des Soldier montre bien le savoir-faire de Hudson dans le shoot’em up. Star Soldier, puis Super Star Soldier, Final Soldier et Soldier Blade, installent une tradition de shoots verticaux nerveux, très appréciés sur les machines NEC. Hudson organise même les fameuses Caravan, des compétitions où les joueurs tentent de réaliser le meilleur score en temps limité. C’est un aspect important de la culture Hudson : le jeu comme défi, événement et performance.
Dungeon Explorer, sorti sur PC Engine, montre une autre facette du studio. Le jeu propose une action-RPG jouable à plusieurs, avec différentes classes de personnages, des donjons et une progression simple mais efficace. Là encore, Hudson comprend très bien l’intérêt du multijoueur local. Avant que le jeu en ligne ne devienne central, la société savait déjà transformer un salon en petite arène coopérative ou compétitive.
Neutopia, de son côté, reprend clairement l’inspiration de The Legend of Zelda, mais l’adapte à l’univers PC Engine avec une réalisation propre et accessible. Ce n’est pas le jeu le plus original du catalogue, mais il témoigne de la capacité de Hudson à fournir à la console NEC des équivalents solides dans plusieurs genres importants.
Hudson travaille aussi sur les consoles Nintendo et Sega. On retrouve son nom sur NES, Super Nintendo, Game Boy, Mega Drive ou Saturn. Bonk’s Adventure, connu au Japon sous le nom PC Genjin, devient une autre mascotte forte de l’univers PC Engine, même si la série circulera ensuite sur d’autres supports. Avec sa grosse tête chauve utilisée comme arme, Bonk possède une identité visuelle immédiatement reconnaissable, très différente des mascottes plus classiques.
Dans les années 90, Hudson continue d’exploiter ses grandes séries. Bomberman ’93 et Bomberman ’94 perfectionnent la formule sur PC Engine, avec des modes multijoueurs toujours plus efficaces. Bomberman ’94 sera même adapté sur Mega Drive sous le titre Mega Bomberman, preuve que la série dépasse largement le cadre des machines NEC.
Hudson possède aussi une tradition de jeux plus familiaux, plus accessibles, souvent pensés pour des parties rapides. Cette identité le distingue de studios japonais plus orientés arcade pure ou RPG massif. Hudson sait faire des jeux immédiats, souriants, parfois très simples en apparence, mais avec une vraie solidité de conception. Bomberman en est l’exemple parfait : quelques règles, une profondeur qui apparaît dès que plusieurs joueurs se retrouvent dans l’arène.
La suite devient plus compliquée. À mesure que l’industrie passe aux consoles 32 bits puis 3D, Hudson perd peu à peu la position centrale qu’il avait pendant l’ère PC Engine. Le studio continue de sortir des jeux, notamment autour de Bomberman, Mario Party pour Nintendo avec son équipe Hudson, ou différentes productions plus modestes, mais son aura n’est plus la même.
Konami entre progressivement au capital de Hudson, avant d’en faire une filiale à part entière en 2011. L’année suivante, Hudson Soft est fusionné dans Konami Digital Entertainment. La marque disparaît alors comme société indépendante, même si certaines licences, notamment Bomberman, continueront à vivre sous contrôle de Konami.
L’héritage de Hudson Soft reste pourtant immense. Le studio a marqué les micros japonais, accompagné la naissance et l’identité de la PC Engine, imposé Bomberman comme l’un des grands jeux multijoueurs de salon, et donné à plusieurs générations de joueurs des titres simples, colorés, rapides et immédiatement amusants.
Hudson n’a pas toujours eu l’image prestigieuse de Nintendo, Sega, Capcom ou Konami, mais son rôle est unique. C’est un éditeur qui a compris très tôt la force du jeu partagé, du score, du défi court et du plaisir immédiat. Entre Bomberman, Adventure Island, Bonk, Dungeon Explorer et les Soldier, Hudson Soft reste l’un des grands artisans de cette époque où une console pouvait se définir autant par ses jeux conviviaux que par sa puissance technique.