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SUNSOFT

Logo de la société SUNSOFT
INFORMATIONS
Année de création1987
NationalitéJaponais
JEUX
1988
PlatoonJeu Platoon
HISTOIRE

Sunsoft est la marque vidéoludique de Sun Corporation, société japonaise fondée en 1971 sous le nom Sun Electronics, ou Sun Denshi au Japon. À l’origine, l’entreprise ne vient pas du jeu vidéo pur, mais de l’électronique. Comme beaucoup d’acteurs japonais de cette époque, elle va progressivement glisser vers les loisirs numériques, d’abord par l’arcade, puis par les consoles de salon.

Sun Electronics entre dans le jeu vidéo à la fin des années 70 avec des bornes comme Block Challenger et Block Perfect. La société n’a pas encore l’aura de Namco, Taito ou Sega, mais elle apprend vite les codes de l’arcade : un principe simple, un écran lisible, une difficulté immédiate et une envie de relancer une partie. C’est dans ce laboratoire bruyant que Sunsoft commence à se construire.

Au début des années 80, Sun Electronics publie plusieurs jeux d’arcade comme Arabian, Ikki ou Kangaroo. Ce dernier, sorti en 1982, reste l’un de ses titres les plus connus de la période arcade. Le joueur y contrôle une mère kangourou qui tente de sauver son petit, dans des niveaux à plates-formes remplis de singes. Le jeu n’a pas l’impact d’un Pac-Man ou d’un Donkey Kong, mais il montre déjà une certaine attirance pour des concepts simples, colorés et immédiatement reconnaissables.

La vraie identité Sunsoft se forme surtout dans la seconde moitié des années 80, lorsque la société se tourne vers les consoles de salon, en particulier la Famicom de Nintendo. C’est là que la marque Sunsoft commence à prendre de l’importance. Sur NES, l’éditeur se forge une réputation assez particulière : des jeux souvent difficiles, parfois austères, mais techniquement soignés, avec une qualité sonore remarquable et une vraie personnalité.

L’un des premiers titres importants de cette période est Atlantis no Nazo, sorti en 1986 sur Famicom. Le jeu ne sort pas en Occident à l’époque, mais il reste célèbre au Japon pour son exploration labyrinthique, sa difficulté redoutable et son côté parfois obscur. Sunsoft y montre déjà ce goût pour les jeux un peu étranges, pas toujours immédiatement accueillants, mais capables de marquer les joueurs par leur construction et leur ambiance.

Le grand classique de Sunsoft arrive en 1988 avec Blaster Master, connu au Japon sous le titre Chô Wakusei Senki Metafight. Le jeu mélange exploration en véhicule, action à pied, phases de plates-formes et séquences en vue de dessus. Cette alternance donne au titre une richesse rare sur NES. On ne traverse pas simplement des niveaux : on explore, on revient en arrière, on cherche de nouveaux accès et l’on améliore progressivement ses possibilités.

Blaster Master devient l’un des jeux les plus appréciés de Sunsoft en Occident. Il possède cette saveur NES très particulière : un concept ambitieux, une difficulté sévère, une musique immédiatement mémorable et une impression d’aventure plus vaste que ce que la cartouche laisse supposer. Le jeu n’est pas toujours tendre, mais il donne au joueur le sentiment d’arpenter un monde mécanique, mutant, presque souterrain, avec une petite voiture blindée comme meilleur compagnon.

Sunsoft se fait aussi remarquer avec ses adaptations de licences. Batman, sorti sur NES en 1989, accompagne le film de Tim Burton mais ne se contente pas d’un simple produit dérivé paresseux. Le jeu est sombre, rapide, précis, avec des sauts muraux, une ambiance nerveuse et une bande-son très réussie. Pour beaucoup de joueurs, c’est l’une des meilleures adaptations de film de l’époque, et l’un des meilleurs jeux d’action de la NES.

Cette réussite est importante, car les jeux à licence des années 80 et 90 sont souvent inégaux. Sunsoft prouve avec Batman qu’une adaptation peut avoir une vraie tenue ludique, même lorsqu’elle doit sortir dans le sillage d’un film populaire. Le studio ne reproduit pas fidèlement chaque scène du long-métrage, il en extrait une atmosphère, un héros, des ennemis, puis construit un jeu d’action solide. C’est probablement pour cela que le titre a mieux vieilli que beaucoup de productions sous licence de la même période.

Sunsoft continue sur cette voie avec Gremlins 2: The New Batch, également sur NES. Là encore, l’éditeur transforme une licence de cinéma en jeu bien fini, plus agréable que la moyenne. Le joueur contrôle Gizmo dans une vue de dessus, avec des niveaux clairs, des armes variées et une réalisation très propre. Le jeu garde l’humour et l’étrangeté du film sans tomber dans le chaos illisible.

La société publie aussi Fester’s Quest, inspiré de La Famille Addams. Le jeu divise davantage. Son univers étrange, sa difficulté et certains choix de conception peuvent frustrer, mais il reste très représentatif de Sunsoft : une licence connue, un jeu plus dur qu’il n’en a l’air, une bande-son efficace et cette impression d’un titre qui ne cherche pas toujours à prendre le joueur par la main.

Un autre jeu important de la période NES est Journey to Silius. Le projet aurait d’abord été lié à la licence Terminator, avant de devenir un jeu original de science-fiction. Le résultat reste l’un des bons titres d’action de Sunsoft : ambiance futuriste, difficulté élevée, ennemis mécaniques, décors industriels et musique remarquable. Comme souvent chez l’éditeur, le jeu possède une présence sonore qui dépasse largement la modestie de la machine.

Cette qualité musicale est l’une des signatures de Sunsoft sur NES. Les bandes-son de Batman, Blaster Master, Journey to Silius, Gremlins 2 ou Mr. Gimmick montrent un vrai savoir-faire dans l’exploitation de la puce sonore de la console. Les morceaux sont souvent rythmés, graves, mélodiques, parfois étonnamment puissants pour du 8 bits. Sunsoft savait faire vibrer la NES comme une petite centrale électrique à mélodies.

Mr. Gimmick, sorti sur Famicom puis en Europe sur NES, représente l’une des productions les plus raffinées de Sunsoft. Le jeu met en scène une petite créature verte capable de lancer une étoile rebondissante, utilisée à la fois comme arme, outil de progression et élément de précision. Son apparence mignonne cache une difficulté féroce, mais sa réalisation, ses animations et sa musique en font l’un des titres les plus impressionnants de la fin de vie de la NES.

Sunsoft travaille aussi sur d’autres supports. L’éditeur publie des jeux sur Game Boy, Mega Drive, Super Nintendo, PC Engine ou arcades, avec des titres comme Aero the Acro-Bat, Ufouria: The Saga, Daze Before Christmas, Batman: Return of the Joker, The Addams Family, Looney Tunes B-Ball ou encore Pirates of Dark Water. Le catalogue devient plus large, parfois plus dispersé, mais garde une forte présence sur consoles.

Sur 16 bits, Sunsoft cherche à conserver sa place, mais la concurrence devient beaucoup plus rude. Les coûts augmentent, les standards visuels changent et les éditeurs doivent suivre le rythme de la Super Nintendo, de la Mega Drive et bientôt des consoles CD. Certains jeux restent solides, mais la société ne retrouve pas toujours l’impact de sa grande période NES. Aero the Acro-Bat, par exemple, tente de créer une mascotte dans l’esprit des années Sonic, avec un acrobate chauve-souris et un univers de cirque, mais le personnage ne parvient pas à devenir un symbole durable.

Au milieu des années 90, Sunsoft connaît de sérieuses difficultés, notamment aux États-Unis. La branche américaine est restructurée en 1995, plusieurs projets sont annulés ou revendus, et la marque perd une grande partie de sa visibilité occidentale. L’éditeur continue toutefois d’exister au Japon, en se réorientant vers d’autres types de productions, dont des jeux plus locaux, du mobile, du pachinko ou des rééditions.

L’héritage de Sunsoft reste pourtant très fort, surtout chez les joueurs NES. Blaster Master, Batman, Gremlins 2, Journey to Silius, Ufouria et Mr. Gimmick suffisent à rappeler une période où l’éditeur était capable de produire des jeux exigeants, soignés et immédiatement reconnaissables. Sunsoft n’a pas toujours eu les plus grandes licences, ni la puissance d’un Capcom ou d’un Konami, mais ses meilleurs titres avaient une nervosité, une musique et une tenue technique qui forçaient le respect.

Sunsoft reste ainsi le souvenir d’un éditeur parfois discret, mais rarement banal. Un nom associé à des jeux durs, à des musiques qui claquent, à des adaptations de films étonnamment réussies et à cette période où la NES pouvait encore surprendre avec des mondes plus vastes, plus sombres ou plus étranges qu’elle n’en avait l’air. Un petit soleil japonais, pas toujours au zénith commercial, mais capable d’éclairer certaines cartouches avec une intensité durable.

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