Horror Soft est un label britannique créé à la fin des années 80 par Mike Woodroffe, dans le prolongement d’Adventure Soft. L’idée est simple : profiter des capacités des machines 16 bits pour donner plus de corps au jeu d’aventure horrifique. Là où les premières aventures reposaient surtout sur le texte, Horror Soft veut ajouter des images, des animations, de la musique et une atmosphère plus directement macabre.
Le premier titre du label est Personal Nightmare, sorti en 1989 sur Amiga, Atari ST et PC. Le joueur y retourne dans le village de Tynham Cross après avoir reçu une lettre inquiétante de sa mère. Très vite, il découvre que le lieu est contaminé par une présence démoniaque. Le jeu mélange commandes textuelles, éléments cliquables et exploration graphique, dans une ambiance de village anglais possédé qui tranche avec les aventures plus sages de l’époque.
Personal Nightmare reste encore assez proche de l’aventure textuelle traditionnelle, mais il montre déjà la direction prise par Horror Soft. L’horreur n’est pas seulement un décor : elle devient un argument central. Possessions, sorcière, vampire, diable, morts brutales et compte à rebours donnent au jeu une couleur plus adulte, plus sombre, parfois un peu théâtrale. Ce n’est pas toujours très souple, mais l’identité est claire.
Le vrai tournant arrive avec Elvira: Mistress of the Dark, publié en 1990 par Accolade. Le jeu exploite le personnage d’Elvira, incarné par Cassandra Peterson, figure culte de la télévision et du cinéma horrifique américain. Sur le papier, le mélange est parfait pour Horror Soft : une héroïne glamour, un château maudit, de la magie, des monstres, des potions et une bonne dose de série B assumée.
Elvira marque davantage les joueurs que Personal Nightmare, notamment grâce à son interface plus visuelle et à son mélange d’aventure, de rôle et de combats. Le joueur explore le château, récupère des ingrédients, prépare des sorts, affronte des créatures et tente de libérer Elvira des forces qui la retiennent prisonnière. Le jeu n’est pas toujours facile, et certaines morts sont particulièrement abruptes, mais l’ambiance fonctionne très bien.
L’un des aspects les plus mémorables d’Elvira, ce sont justement ses scènes de mort. Horror Soft ne cherche pas à adoucir son sujet. Décapitations, mutilations, attaques violentes, images sanglantes : le jeu assume une horreur graphique rarement aussi visible sur micro à cette époque. Sur Amiga et Atari ST, l’effet était assez fort pour donner au label une réputation immédiate.
En 1992, Elvira II: The Jaws of Cerberus poursuit la formule. Cette fois, le joueur doit retrouver Elvira dans un studio de cinéma d’horreur où les décors et accessoires ont pris vie. L’idée est très efficace : trois plateaux de tournage, trois ambiances, et une mise en abyme du cinéma fantastique. Le jeu reste fidèle à l’esprit Horror Soft, avec aventure, exploration, magie, combats et morts peu tendres.
La même année, Waxworks pousse encore plus loin le concept. Le joueur explore différents tableaux d’un musée de cire, chacun menant à une époque ou un lieu horrifique : Égypte antique, Londres victorien, cimetière, mines, univers de cauchemar. Le jeu reprend le moteur et l’approche des Elvira, mais s’émancipe de la licence pour proposer une anthologie d’horreur plus personnelle.
Waxworks est souvent considéré comme le sommet de Horror Soft. Il conserve la lourdeur et la difficulté des productions du label, mais son idée de départ est forte, ses atmosphères sont variées et ses images macabres restent marquantes. On y retrouve cette volonté de provoquer, de surprendre, parfois de dégoûter, avec des scènes qui donnaient aux jeux Horror Soft une saveur bien différente des aventures LucasArts ou Sierra.
Techniquement, les jeux Horror Soft reposent sur une évolution d’outils issus d’Adventure Soft et d’AberMUD. Ils ne sont pas toujours les plus fluides ni les plus modernes de leur époque, mais ils possèdent une cohérence. Le joueur avance dans des écrans illustrés, manipule des objets, affronte des ennemis, consulte ses statistiques et se retrouve souvent puni violemment pour ses erreurs. L’aventure graphique y croise le jeu de rôle, mais dans une cave humide plutôt que dans une auberge héroïque.
Après Waxworks, le nom Horror Soft disparaît progressivement, tandis qu’Adventure Soft revient au premier plan avec une orientation beaucoup plus humoristique, notamment grâce à Simon the Sorcerer. Le contraste est amusant : la même famille créative passe des décapitations d’Elvira et des cauchemars de Waxworks à la parodie fantasy colorée.
Horror Soft n’a donc publié que quelques jeux, mais son identité est très nette. Personal Nightmare, Elvira, Elvira II et Waxworks forment une petite série cohérente, entièrement tournée vers l’horreur, le sang, les monstres et les ambiances de série B. Ce n’étaient pas toujours des jeux confortables, ni même très accueillants, mais ils avaient une vraie personnalité.
Dans l’histoire du jeu d’aventure européen, Horror Soft reste un label à part. Pendant que d’autres faisaient rire, voyager ou réfléchir, lui préférait enfermer le joueur dans des châteaux, des villages maudits, des studios hantés ou des musées de cire meurtriers. Une courte trajectoire, mais une trace bien rouge sur la carte des jeux Amiga, Atari ST et PC du début des années 90.