Empire Software, futur Empire Interactive, est un éditeur britannique fondé en 1987 par Ian Higgins et Simon Jeffrey. Dans ses premières années, la société se fait surtout remarquer comme éditeur de jeux micro sur Amiga, Atari ST, PC, Commodore 64, Amstrad CPC ou ZX Spectrum. Son rôle n’est pas toujours celui d’un développeur pur, mais plutôt celui d’un éditeur capable de publier en Europe des titres venus de studios externes, souvent avec des licences fortes.
C’est le cas avec The Amazing Spider-Man and Captain America in Dr. Doom’s Revenge!, sorti à la fin des années 80. Le jeu est développé par Paragon Software, mais Empire Software l’édite en Europe. Sur le papier, l’affiche est énorme : Spider-Man, Captain America, Doctor Doom, et toute une galerie de super-vilains Marvel. Sur Amiga et Atari ST, l’idée avait de quoi faire rêver les joueurs amateurs de comics.
Le résultat est pourtant beaucoup plus limité. Dr. Doom’s Revenge! prend la forme d’un jeu de combat assez raide, où l’on alterne entre Spider-Man et Captain America pour affronter différents adversaires. Le jeu a pour lui son casting, ses illustrations et son emballage très comics, mais il souffre d’un gameplay répétitif et d’une réalisation qui ne rend pas vraiment justice à ses personnages. C’est typiquement le genre de titre où la licence attire davantage que le jeu lui-même.
Empire publie aussi en Europe The Amazing Spider-Man, développé cette fois par Oxford Digital Enterprises. Le jeu sort notamment sur Amiga, Atari ST, Commodore 64 et PC. Cette fois, Spider-Man doit sauver Mary Jane, kidnappée par Mysterio, dans un décor de studio de cinéma rempli de pièges, de robots et de références à différents genres de films.
The Amazing Spider-Man est plus intéressant que Dr. Doom’s Revenge!. Le jeu mise sur l’exploration, les plates-formes et les énigmes, avec un Spider-Man capable de grimper aux murs, de marcher au plafond et d’utiliser sa toile pour se déplacer. Les sprites sont assez petits, l’action n’est pas toujours très nerveuse, mais l’idée de jouer sur les capacités propres du personnage fonctionne mieux que dans beaucoup d’adaptations de super-héros de l’époque.
Ces deux jeux résument bien une partie de l’identité d’Empire au début des années 90 : des licences connues, une forte présence sur les micros européens, mais une qualité très variable selon les équipes de développement. Empire n’a pas toujours fabriqué les jeux qu’il publiait, mais son logo apparaissait sur des boîtes très visibles, souvent associées à des noms capables de parler immédiatement aux joueurs.
L’un des titres les plus importants du catalogue reste Pipe Mania, développé par The Assembly Line et publié par Empire en Europe. Le principe est simple et brillant : assembler des morceaux de tuyaux assez vite pour canaliser un liquide qui avance sans attendre. Le jeu devient rapidement un classique du puzzle, adapté sur de nombreuses machines. Là, Empire ne se contente pas d’une licence attrayante : il tient un vrai concept, immédiatement lisible et durable.
La société publie aussi des titres variés comme Gazza’s Super Soccer, Pro Tennis Tour, International Rugby Challenge, Campaign ou encore différents jeux de stratégie, de sport et d’action. Le catalogue n’a pas une ligne aussi nette qu’un Psygnosis ou un Team17, mais il montre une volonté d’occuper plusieurs terrains : le sport, les licences, les jeux de réflexion, les adaptations et les productions PC.
Au fil des années 90, Empire Software devient Empire Interactive et change d’échelle. La société s’éloigne peu à peu de l’image strictement micro 16 bits pour publier sur PC, PlayStation et consoles plus récentes. Elle développe ou édite ensuite des séries comme Pro Pinball, International Cricket Captain, Ford Racing, Starsky & Hutch, Big Mutha Truckers ou encore FlatOut, qui lui donnera l’un de ses derniers vrais succès visibles.
Empire possède aussi une gamme budget, Xplosiv, très présente sur PC et PlayStation 2 au début des années 2000. Cette activité montre bien l’évolution de la société : elle n’est plus seulement l’éditeur européen de quelques jeux micro, mais un acteur de catalogue, capable de rééditer, distribuer et maintenir des titres à bas prix sur un marché devenu beaucoup plus vaste.
La fin sera pourtant difficile. Empire est racheté par Silverstar Holdings en 2006, mais les résultats ne suivent pas. La société entre en administration judiciaire en 2009 et disparaît peu après. Ses propriétés intellectuelles seront revendues, mettant fin à plus de vingt ans d’activité.
L’héritage d’Empire est donc assez contrasté. Ce n’est pas un éditeur mythique au sens d’Ocean ou d’U.S. Gold, ni un studio créateur d’une grande identité visuelle. Mais son nom reste attaché à toute une génération de jeux micro et PC, entre bonnes idées, licences séduisantes et productions inégales. Pour les joueurs Amiga et Atari ST, Empire évoque autant les promesses un peu bancales de Dr. Doom’s Revenge! que les qualités plus solides de The Amazing Spider-Man ou l’efficacité intemporelle de Pipe Mania.
Empire aura finalement surtout été un éditeur de passage et de circulation : il a fait arriver en Europe des jeux développés ailleurs, porté des licences connues sur les machines familiales, puis accompagné le marché jusqu’aux années PC et consoles modernes. Une histoire moins flamboyante que celle des grands studios créatifs, mais bien représentative de cette industrie où le nom sur la boîte comptait parfois autant que celui de l’équipe cachée derrière le jeu.