Domark est un éditeur britannique fondé en 1984 par Dominic Wheatley et Mark Strachan. Le nom de la société vient d’ailleurs directement de leurs deux prénoms : “Dom” pour Dominic, “Mark” pour Mark. Dès ses débuts, Domark se positionne comme un éditeur très attentif aux licences, aux adaptations et aux concepts capables d’attirer le public avant même que le joueur ait vu une seule image du jeu.
Le premier grand coup de Domark arrive avec Eureka!, publié en 1984 sur Commodore 64 puis sur d’autres micros. Le jeu est imaginé avec Ian Livingstone, déjà célèbre pour son rôle chez Games Workshop et dans les livres-jeux Fighting Fantasy. Eureka! n’est pas seulement une aventure textuelle ambitieuse : Domark annonce une récompense de 25 000 livres sterling à la première personne qui parviendra à terminer entièrement le jeu. L’opération fait parler d’elle et donne immédiatement à l’éditeur une visibilité inhabituelle pour une société aussi jeune.
Le prix sera finalement remporté par un Britannique de 15 ans. Cette histoire résume bien les débuts de Domark : une société qui comprend très vite que le jeu vidéo se vend aussi par l’événement, le marketing et la promesse autour du jeu. Eureka! n’est pas resté comme le plus grand classique du genre, mais son concours a marqué les esprits et lancé Domark avec un vrai sens du spectacle.
La suite confirme cette orientation. Domark se spécialise rapidement dans les adaptations de films, de séries, de jeux de société ou de marques connues. L’éditeur publie plusieurs jeux autour de James Bond, dont A View to a Kill, The Living Daylights, Licence to Kill et plus tard James Bond 007: The Duel. Comme souvent avec les licences de cette époque, la qualité varie beaucoup, mais le nom sur la boîte suffit à attirer les regards.
Domark récupère aussi des licences prestigieuses comme Star Wars. Les adaptations micro de la trilogie originale, notamment Star Wars, The Empire Strikes Back et Return of the Jedi, donnent à l’éditeur une forte présence dans les rayons. Il ne s’agit pas toujours de productions développées en interne, mais Domark joue parfaitement son rôle d’éditeur : obtenir des droits forts, publier sur plusieurs machines et occuper le marché des micros européens.
Cette logique vaut également pour les jeux de société. Trivial Pursuit devient l’un des succès les plus importants de l’éditeur. Adapter un jeu de questions-réponses sur micro pouvait sembler austère, mais le nom est populaire et le format fonctionne bien à domicile. Domark publiera aussi d’autres adaptations de jeux de plateau ou de société, confirmant son intérêt pour les marques déjà connues du grand public.
Le catalogue Domark ne se limite pourtant pas aux licences. L’éditeur publie aussi des titres d’arcade, de sport, de stratégie ou de simulation comme Championship Baseball, Split Personalities, APB, Hard Drivin’, Klax, Badlands, Castle Master, Corporation, Super Space Invaders ou encore MiG-29 Fulcrum. C’est un catalogue très varié, parfois inégal, mais représentatif d’un éditeur britannique qui préfère multiplier les terrains plutôt que se limiter à une seule identité.
L’un des aspects les plus intéressants de Domark reste son lien avec Incentive Software et le moteur Freescape. Domark publie Castle Master, puis surtout 3D Construction Kit et 3D Construction Kit II. Ces logiciels permettent aux utilisateurs de créer leurs propres environnements en 3D, avec objets, décors et interactions. Pour l’époque, l’idée est remarquable : donner au joueur non seulement un jeu, mais un outil pour fabriquer ses propres mondes en 3D.
3D Construction Kit occupe une place à part dans le catalogue Domark. Sur Amiga, Atari ST, PC, Amstrad CPC ou ZX Spectrum, il ouvre une porte vers la création personnelle, même si l’outil reste exigeant et limité par les machines. Beaucoup de joueurs y ont découvert le plaisir de construire un décor, placer une porte, programmer une interaction et se dire, même brièvement, qu’ils pouvaient eux aussi fabriquer un univers. C’est l’une des publications les plus ambitieuses de Domark.
Au début des années 90, l’éditeur continue de publier des titres importants, notamment Formula One Grand Prix de Geoff Crammond, également connu sous le nom World Circuit aux États-Unis. Le jeu devient une référence majeure de la simulation de Formule 1 sur PC et Amiga. Avec sa 3D polygonale, son sérieux et sa richesse de conduite, il montre que Domark pouvait aussi publier des titres beaucoup plus solides et durables que certaines adaptations opportunistes.
Domark est également lié à Simis, studio britannique spécialisé dans les simulations, avec des jeux comme MiG-29 Fulcrum, AV-8B Harrier Assault ou Team Yankee. Cette partie du catalogue donne à l’éditeur une image plus technique, tournée vers le PC et la simulation militaire, bien différente de ses jeux sous licence cinéma. Là encore, Domark navigue entre plusieurs mondes : grand public, arcade, outils créatifs et simulation.
En 1995, Domark fusionne avec Eidos Technologies, puis devient l’un des piliers du nouveau groupe Eidos Interactive. Cette étape change complètement l’échelle de la société. Domark n’existe plus vraiment comme label autonome, mais son héritage se retrouve dans la structure qui publiera ensuite des titres majeurs comme Tomb Raider, même si celui-ci sera développé par Core Design.
L’histoire de Domark est donc celle d’un éditeur très commercial, parfois opportuniste, mais souvent bien placé. La société a compris avant beaucoup d’autres la valeur des licences, des concours, des marques et des droits d’exploitation. Cela a donné des jeux très variables, certains oubliables, d’autres marquants, mais toujours avec une vraie capacité à capter l’air du temps.
De Eureka! à James Bond, de Star Wars à Trivial Pursuit, de 3D Construction Kit à Formula One Grand Prix, Domark raconte une facette essentielle du jeu vidéo britannique : celle d’un éditeur qui savait vendre une idée, une affiche, un nom ou une technologie. Tout n’était pas toujours brillant, mais il y avait souvent une intuition commerciale juste, et parfois, au milieu du catalogue, de vraies réussites qui ont marqué leur époque.