Epyx est une société américaine de développement et d’édition, surtout associée à l’âge d’or du Commodore 64. Son nom reste lié à une série de jeux très marquants des années 80, entre action, sport, aventure et productions plus techniques. En Europe, une grande partie de son catalogue sera distribuée par U.S. Gold, ce qui donnera à la marque une forte visibilité dans les magazines et les rayons micro.
La société existe d’abord sous le nom Automated Simulations, fondée à la fin des années 70 par Jim Connelley et Jon Freeman. Elle se spécialise alors dans les jeux de rôle et les aventures sur micro, avec des titres comme Temple of Apshai, l’un des premiers grands succès du jeu de rôle informatique. Mais au début des années 80, la société change de direction, se renomme Epyx et s’oriente davantage vers des jeux d’action plus immédiats.
Ce virage va lui réussir. Avec des titres comme Jumpman, Pitstop, Impossible Mission ou Summer Games, Epyx devient l’un des éditeurs américains les plus importants sur Commodore 64. Ses jeux sont souvent bien réalisés, accessibles, dynamiques, et parfaitement adaptés à la machine de Commodore. Le C64 devient son terrain naturel, au point que l’on associe encore aujourd’hui Epyx à cette période très fertile du micro américain.
Impossible Mission, sorti en 1984, reste l’un des grands classiques de l’éditeur. Le jeu mélange plates-formes, exploration, recherche d’indices et ambiance d’espionnage, avec une voix digitalisée devenue célèbre. Son héros bondit dans des salles remplies de robots, fouille des meubles, évite les pièges et tente de reconstituer un mot de passe avant la fin du temps imparti. Simple à comprendre, mais difficile à maîtriser, il incarne très bien la qualité des meilleurs jeux Epyx.
La série des Games va encore renforcer la réputation de la société. Summer Games, Winter Games, World Games, California Games ou The Games: Summer Edition proposent des épreuves sportives variées, souvent jouables à plusieurs. Ces titres deviennent de vrais classiques des soirées entre amis sur Commodore 64, mais aussi sur d’autres machines. Leur force vient autant de la présentation que de cette capacité à transformer chaque épreuve en mini-jeu immédiatement compréhensible.
California Games, sorti en 1987, marque particulièrement les joueurs. Surf, skateboard, BMX, roller, frisbee : le jeu capte une culture plus jeune, plus colorée, plus américaine que les compétitions olympiques traditionnelles. Il a ce parfum très années 80, entre sports de glisse, soleil californien et musique synthétique. Epyx comprend alors qu’un jeu de sport peut aussi vendre un style de vie.
L’éditeur ne se limite pas au sport. Il publie aussi Barbarian: The Ultimate Warrior, Street Sports Basketball, World Karate Championship, Destroyer, Sub Battle Simulator ou encore Games: Winter Edition. Le catalogue est large, mais garde souvent une même qualité : des jeux directs, bien présentés, capables de plaire rapidement au joueur sans sacrifier complètement la profondeur.
Epyx développe également des accessoires et des outils liés au Commodore 64. Le plus connu est sans doute la cartouche Fast Load, qui accélère considérablement les chargements du lecteur de disquettes 1541. La société propose aussi le joystick 500XJ, apprécié pour sa forme plus ergonomique. Ces produits montrent qu’Epyx ne se contente pas de vendre des jeux : elle comprend aussi très bien l’écosystème matériel du C64 et les besoins concrets des joueurs. ([en.wikipedia.org](https://en.wikipedia.org/wiki/Epyx?utm_source=chatgpt.com))
Mais cette dépendance au Commodore 64 va devenir un piège. À partir de 1986, la machine commence à vieillir, le marché évolue vers le PC, les consoles et les micros 16 bits, et Epyx cherche à préparer l’avenir. La société investit alors dans plusieurs directions : logiciels plus sérieux, jeux de plateau, produits matériels, nouveaux marchés, et surtout une console portable couleur baptisée en interne Handy.
Le projet Handy est techniquement très ambitieux. Epyx fait appel à Dave Needle et RJ Mical, deux anciens de l’Amiga, pour concevoir une console portable bien plus avancée que ce qui existe alors. La machine dispose d’un écran couleur, d’un matériel puissant pour l’époque et d’un vrai potentiel ludique. Sur le papier, c’est une idée brillante. Dans les faits, elle arrive trop tôt pour les finances d’Epyx. ([en.wikipedia.org](https://en.wikipedia.org/wiki/Atari_Lynx?utm_source=chatgpt.com))
À court de liquidités, la société cherche un partenaire capable de fabriquer et de commercialiser la machine. Nintendo refuse, Sega également, puis Epyx finit par signer avec Atari. La console sort en 1989 sous le nom Atari Lynx. Elle est impressionnante, plus puissante et plus colorée que la Game Boy, mais elle arrive dans un contexte très difficile. Epyx, de son côté, ne bénéficie pas suffisamment du lancement pour se sauver.
La situation se dégrade rapidement. Les investissements ont coûté cher, les revenus ne suivent plus, et la société réduit brutalement ses effectifs. À la fin de 1989, Epyx licencie une grande partie de son personnel et se place sous la protection du chapitre 11 de la loi américaine sur les faillites. Le studio tente ensuite de continuer en développant surtout pour l’Atari Lynx, mais l’élan est cassé. ([en.wikipedia.org](https://en.wikipedia.org/wiki/Epyx?utm_source=chatgpt.com))
L’histoire d’Epyx devient alors celle d’une chute assez classique, mais triste : une société très forte dans un domaine précis, le jeu micro sur Commodore 64, qui tente de se réinventer trop vite dans trop de directions. Le projet Handy était visionnaire, mais il arrive au mauvais moment pour une entreprise déjà fragilisée. L’ironie est cruelle : Epyx participe à la création de l’une des consoles portables les plus avancées de son époque, mais n’a plus les moyens d’en profiter.
Dans les années suivantes, la société survit sous une forme réduite, avant que ses droits et ses actifs ne soient progressivement revendus. Le nom Epyx disparaît comme acteur majeur, même si plusieurs de ses jeux seront réédités ou relancés bien plus tard, notamment autour de Impossible Mission et California Games.
L’héritage d’Epyx reste pourtant très fort. Sur Commodore 64, peu d’éditeurs américains auront autant marqué les joueurs. Impossible Mission, Summer Games, Winter Games, World Games, California Games, Jumpman ou Pitstop racontent une époque où le jeu micro pouvait être à la fois technique, accessible et immédiatement convivial.
Epyx n’a pas seulement produit de bons jeux. La société a aussi capté une partie de l’imaginaire des années 80 : le sport, l’action, la compétition entre amis, les voix digitalisées, les jaquettes américaines, les chargements accélérés, et cette envie de faire toujours plus avec un Commodore 64 déjà poussé dans ses derniers retranchements. Sa chute fut brutale, mais son catalogue garde encore aujourd’hui une vraie énergie.