MicroProse est une société américaine fondée en 1982 par Sid Meier et Bill Stealey. Le premier est programmeur et game designer, le second ancien pilote militaire et excellent commercial. Cette association va donner à MicroProse une identité très forte : des jeux sérieux, souvent techniques, marqués par l’aviation, la stratégie, la guerre froide et une certaine idée du réalisme accessible.
Au départ, MicroProse se fait connaître sur les micros 8 bits américains, notamment Atari 8-bit, Commodore 64, Apple II et IBM PC. Les premiers jeux comme Hellcat Ace, Spitfire Ace, Solo Flight ou F-15 Strike Eagle installent immédiatement la société dans le domaine de la simulation aérienne. On n’est pas encore dans des simulateurs ultra-complexes, mais l’objectif est clair : donner au joueur l’impression de piloter, de gérer une mission, de comprendre un appareil, sans le noyer complètement sous les procédures.
F-15 Strike Eagle, sorti en 1984, devient l’un des grands succès de cette première période. Le jeu propose plusieurs théâtres d’opération, des objectifs militaires et une approche suffisamment crédible pour séduire les amateurs d’aviation, tout en restant jouable par un public plus large. C’est une formule typiquement MicroProse : assez de réalisme pour faire sérieux, assez de clarté pour ne pas rester réservé aux seuls passionnés de manuels épais.
Sid Meier va rapidement devenir le visage créatif de la société. MicroProse met son nom en avant, notamment avec Sid Meier’s Pirates! en 1987. Le jeu tranche avec les simulations militaires habituelles de l’éditeur. Il mélange aventure, navigation, commerce, combats à l’épée, abordages et réputation dans les Caraïbes. C’est l’un des premiers grands exemples de la méthode Meier : proposer un système simple à comprendre, mais assez ouvert pour fabriquer ses propres histoires.
MicroProse continue ensuite à développer son image autour de jeux denses, mais lisibles. Silent Service plonge le joueur dans la guerre sous-marine du Pacifique. Gunship propose le pilotage d’un hélicoptère d’attaque. Project Stealth Fighter, puis F-19 Stealth Fighter, exploitent le fantasme de l’avion furtif. Red Storm Rising adapte le roman de Tom Clancy dans une simulation de sous-marin nucléaire. À chaque fois, MicroProse vend une forme de sérieux militaire, mais avec une vraie efficacité ludique.
À la fin des années 80, la société élargit progressivement son territoire. Sword of the Samurai mélange action, stratégie et Japon féodal. Railroad Tycoon, sorti en 1990, transforme la gestion ferroviaire en jeu passionnant. Puis Civilization, en 1991, devient l’un des titres les plus importants de l’histoire du jeu de stratégie. Le joueur y mène une civilisation de l’Antiquité à l’ère spatiale, avec exploration, diplomatie, technologies, guerres, villes et merveilles. MicroProse n’est alors plus seulement le spécialiste de la simulation militaire : c’est aussi l’un des grands noms de la stratégie sur PC.
L’Europe joue également un rôle important dans cette évolution. MicroProse ouvre une branche britannique et utilise plusieurs labels pour mieux segmenter son catalogue. En 1989, la société rachète Telecomsoft, récupérant au passage les labels Firebird et Rainbird. Dans le même mouvement, elle met en avant des marques comme MicroStyle et MicroStatus, destinées à des jeux plus éloignés de son image américaine traditionnelle.
MicroStyle est le label le plus orienté action et arcade. On y retrouve des titres comme Rick Dangerous, Rick Dangerous 2, RVF Honda, Xenophobe, Stunt Car Racer ou Simulcra. L’idée est assez simple : publier des jeux plus rapides, plus visuels, plus adaptés au public Amiga et Atari ST, sans forcément les placer sous l’étiquette MicroProse classique, trop associée aux simulations sérieuses.
Rick Dangerous, développé par Core Design, résume bien cette parenthèse MicroStyle. Le jeu met en scène un aventurier très inspiré d’Indiana Jones, lancé dans des niveaux remplis de pièges, de flèches, de blocs mortels et d’ennemis à éviter. Sa difficulté repose beaucoup sur la mémoire, parfois jusqu’à l’injustice, mais il devient l’un des grands souvenirs des joueurs Amiga et Atari ST. MicroProse se permet ici une incursion dans un registre beaucoup plus arcade que ses productions habituelles.
MicroStatus, à l’inverse, se veut plus cérébral. Le label sert notamment à publier les versions Atari ST et Amiga de jeux comme Driller, Dark Side ou Total Eclipse, développés par Incentive Software autour du moteur Freescape. Ces jeux proposent une exploration en 3D temps réel, lente, anguleuse, mais très ambitieuse pour l’époque. Ils demandent d’observer, de comprendre l’environnement et de résoudre des problèmes plutôt que de simplement tirer sur tout ce qui bouge.
Ces deux labels montrent bien la stratégie européenne de MicroProse. La maison mère reste associée aux simulations et à la stratégie, mais ses branches britanniques cherchent à toucher un public plus large, plus proche de l’Amiga, de l’Atari ST et des goûts arcade européens. MicroStyle pour l’action, MicroStatus pour l’aventure 3D et la réflexion : une manière de ranger le catalogue sans brouiller complètement l’image principale de MicroProse.
Au début des années 90, MicroProse continue de publier des titres importants. Formula One Grand Prix de Geoff Crammond devient une référence de la simulation automobile. Master of Orion impose un modèle majeur de stratégie spatiale 4X. X-COM: UFO Defense, développé par Mythos Games et publié par MicroProse, mélange gestion globale, recherche, interceptions et combats tactiques au tour par tour. Là encore, la société confirme son goût pour les systèmes riches, les décisions multiples et les jeux qui durent bien au-delà d’une partie rapide.
Mais cette croissance finit par fragiliser l’entreprise. MicroProse publie beaucoup, investit dans de nombreux projets et subit une pression financière croissante. En 1993, la société est rachetée par Spectrum HoloByte. Sid Meier quitte ensuite progressivement l’entreprise et fonde Firaxis Games en 1996 avec Jeff Briggs et Brian Reynolds. La marque MicroProse continue encore quelques années, mais l’esprit des débuts commence à se diluer.
La suite est faite de rachats et de restructurations. Hasbro Interactive récupère MicroProse en 1998, puis Infogrames reprend Hasbro Interactive en 2001. Le studio historique de Hunt Valley ferme finalement au début des années 2000. Le nom MicroProse réapparaîtra plus tard sous une nouvelle forme, mais l’éditeur original des années 80 et 90 appartient déjà à l’histoire.
L’héritage de MicroProse est immense. F-15 Strike Eagle, Silent Service, Gunship, Pirates!, Railroad Tycoon, Civilization, Formula One Grand Prix, Master of Orion et X-COM suffisent à mesurer son importance. Peu d’éditeurs auront autant marqué la simulation et la stratégie sur micro et PC.
MicroProse reste le souvenir d’une société qui prenait le joueur au sérieux. Ses jeux demandaient souvent de lire, de comprendre, de planifier, de piloter, de commander ou de bâtir. Même lorsqu’elle s’aventurait vers l’arcade avec MicroStyle ou vers l’exploration 3D avec MicroStatus, elle gardait cette idée centrale : un bon jeu devait offrir un système solide, pas seulement une jolie façade. C’est cette exigence qui a fait de MicroProse l’un des grands noms du jeu sur ordinateur.