21st Century Entertainment fait partie de ces éditeurs dont le nom reste presque indissociable d’un genre. Là où d’autres sociétés ont construit leur réputation sur les jeux de plates-formes, les shoot’em up ou les grandes licences, 21st Century va surtout rester dans la mémoire des joueurs pour une chose : le flipper sur ordinateur. Et plus particulièrement le flipper sur Amiga.
L’histoire commence au début des années 90, après la fin de Hewson Consultants. Andrew Hewson n’est pas un inconnu dans le jeu vidéo britannique. Dans les années 80, sa société avait publié plusieurs titres marquants sur micros 8 bits, comme Uridium, Paradroid, Nebulus, Cybernoid ou Stormlord. Hewson avait cette réputation d’éditeur exigeant, capable de repérer de bons développeurs et de publier des jeux souvent plus soignés que la moyenne. Lorsque Hewson Consultants s’arrête en 1991, une partie de cet esprit se prolonge avec 21st Century Entertainment.
Le marché, lui, a changé. Les micros 8 bits appartiennent déjà au passé, l’Amiga et l’Atari ST ont pris le relais, le PC commence à monter, et les joueurs attendent des jeux plus beaux, plus fluides, plus immédiats. 21st Century va trouver sa place presque par surprise avec Pinball Dreams, développé par les Suédois de Digital Illusions. Sorti sur Amiga en 1992, le jeu donne enfin au flipper informatique une vraie sensation de table vivante. La balle a du poids, le scrolling suit l’action, les tables sont lisibles, les musiques accrochent immédiatement.
À l’époque, le flipper en jeu vidéo n’est pas nouveau. Mais Pinball Dreams change quelque chose. Il ne se contente pas de représenter une table vue de loin ou de proposer une approximation un peu raide. Il cherche à retrouver le plaisir de la bille qui file, du bon timing sur les flips, du bonus qui s’allume et du score qui grimpe. Sur Amiga, le résultat impressionne. Le jeu devient rapidement un classique, au point de faire de 21st Century un nom que les joueurs associent presque aussitôt au genre.
Le succès est énorme et la suite arrive vite. Pinball Fantasies, toujours développé par Digital Illusions, pousse la formule encore plus loin. Les tables sont plus variées, plus colorées, plus nerveuses. Party Land, Speed Devils, Billion Dollar Gameshow ou Stones ’N Bones deviennent des noms familiers pour toute une génération de joueurs Amiga. Cette fois, la formule paraît pleinement maîtrisée. On lance une partie pour cinq minutes, puis on y passe la soirée.
21st Century comprend alors qu’il tient sa spécialité. Le flipper devient sa marque de fabrique. La société publie ensuite Pinball Illusions, toujours dans la lignée des premiers épisodes, puis cherche à prolonger la série avec d’autres équipes. Digital Illusions commence à regarder ailleurs, et 21st Century s’appuie davantage sur Spidersoft, studio anglais fondé par Steve Marsden et David Cooke. Spidersoft travaillera sur plusieurs suites, portages et dérivés, comme Pinball Dreams 2, Pinball Mania, Total Pinball 3D ou encore Pinball Builder.
Le lien entre 21st Century et Spidersoft est important. Il montre bien comment l’éditeur va tenter de sécuriser son petit territoire. Plutôt que de dépendre uniquement de Digital Illusions, la société cherche à disposer d’une équipe capable d’alimenter régulièrement le marché en jeux de flipper. C’est une stratégie compréhensible, mais elle a aussi son revers. À force de revenir toujours au même genre, 21st Century finit par donner l’impression d’être enfermé dans sa propre réussite.
Le catalogue ne se limite pourtant pas aux flippers. On y trouve aussi Nebulus 2: Pogo a Gogo, Moonfall, Deliverance, Rubicon ou encore Marvin’s Marvellous Adventure. Des titres parfois intéressants, parfois plus discrets, mais aucun ne parvient vraiment à sortir 21st Century de l’ombre portée de Pinball Dreams et Pinball Fantasies. Pour beaucoup de joueurs, le nom de l’éditeur reste attaché à cette bille métallique qui dévale l’écran de l’Amiga.
Cette spécialisation a quelque chose de logique. Dans les années 90, le flipper réel commence déjà à perdre une partie de son aura face aux jeux vidéo, mais sur micro, il garde une force particulière. Il est simple à comprendre, rapide à relancer, parfait pour une partie courte, tout en demandant assez de précision pour retenir les meilleurs joueurs. 21st Century a su capter ce plaisir-là et le transformer en une série immédiatement reconnaissable.
Mais le marché avance vite. Le PC devient de plus en plus dominant, les consoles gagnent du terrain, les budgets augmentent, et l’Amiga, machine reine des premiers succès de l’éditeur, décline progressivement. 21st Century tente de suivre le mouvement avec des versions DOS, des portages consoles et des projets plus modernes, mais l’élan n’est plus le même. La magie des premiers flippers Amiga ne se reproduit pas indéfiniment.
La société connaît des difficultés à la fin des années 90. La branche britannique ferme en 1998, puis le groupe disparaît définitivement autour de 2000. Spidersoft poursuivra sa route sous d’autres formes, notamment après son rachat par Take-Two, avant de devenir Tarantula Studios puis d’être intégré dans l’histoire de Rockstar Lincoln. Une trajectoire assez étonnante quand on pense qu’une partie de cette histoire passe par des jeux de flipper Amiga.
L’héritage de 21st Century Entertainment reste pourtant très clair. Peu d’éditeurs peuvent se vanter d’avoir autant marqué un genre aussi précis en si peu de temps. Pinball Dreams, Pinball Fantasies et Pinball Illusions ont donné au flipper sur micro une élégance, une fluidité et une présence que beaucoup de joueurs n’ont jamais oubliées. Ce n’était pas le catalogue le plus large, ni l’éditeur le plus visible, mais pour les amigaïstes, 21st Century a longtemps eu un son bien particulier : celui d’une bille qui rebondit, d’un bonus qui s’allume, et d’une partie que l’on relance encore une fois avant d’éteindre la machine.