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ELITE

Logo de la société ELITE
INFORMATIONS
Année de création1984
NationalitéAnglais
JEUX
1988
Space Harrier
Beyond the Ice Palace
HISTOIRE

Elite Systems est un éditeur et développeur britannique fondé en 1984, à ne pas confondre avec Elite, le célèbre jeu spatial de David Braben et Ian Bell. Ici, il s’agit d’une société de Lichfield, d’abord connue sous le nom Richard Wilcox Software, avant de devenir Elite Systems. Son histoire se construit surtout autour d’un métier très important dans les années 80 : adapter les grands succès de l’arcade sur les micros familiaux.

Avant de prendre le nom Elite Systems, la société publie Blue Thunder, inspiré du film et de la série télévisée du même nom. Le jeu sort sur ZX Spectrum, Commodore 64 et Atari 8 bits. Ce premier titre reste modeste, mais il place déjà la société dans un registre qui lui collera longtemps à la peau : la licence connue, l’action directe, et la volonté de transformer un nom populaire en jeu micro.

En 1984, la société est relancée sous le nom Elite Systems. La première sortie importante sous ce label est Kokotoni Wilf, un jeu de plates-formes et d’exploration sur ZX Spectrum. Le titre n’a pas l’aura des futures conversions arcade de l’éditeur, mais il appartient pleinement à cette période britannique très inventive, où un personnage étrange, quelques écrans colorés et une bonne idée suffisaient encore à donner de la personnalité à un jeu.

Elite Systems va surtout se faire remarquer à partir du milieu des années 80 avec les conversions de bornes d’arcade. L’éditeur obtient les droits de plusieurs titres très populaires et les fait adapter sur les machines domestiques de l’époque : ZX Spectrum, Amstrad CPC, Commodore 64, parfois Atari ST et Amiga. C’est là que le nom Elite commence vraiment à apparaître partout dans les magazines et les rayons.

Le défi est énorme. Une borne d’arcade dispose de sprites, de couleurs, de vitesse et de matériel spécialisé. Un Spectrum ou un CPC n’a évidemment pas les mêmes armes. Adapter un jeu comme Commando, Bomb Jack, Ghosts ’n Goblins, Paperboy ou Space Harrier, ce n’est donc pas simplement réduire les graphismes. Il faut trier, simplifier, ruser, parfois sacrifier une partie du spectacle pour conserver au moins l’idée du jeu.

Commando fait partie des titres qui installent fortement Elite Systems. L’arcade de Capcom est nerveuse, lisible, immédiatement accrocheuse. Sur micro, la conversion doit recréer ce mélange de progression verticale, de tirs ennemis, de grenades et de pression permanente. Comme souvent avec les adaptations 8 bits, tout dépend de la machine, mais le jeu contribue à associer Elite à l’action arcade.

Bomb Jack devient un autre titre important. Le jeu de Tehkan, avec son petit héros bondissant, ses bombes à collecter et ses tableaux fixes, se prête mieux aux micros que certaines bornes plus spectaculaires. Sur plusieurs supports, l’adaptation garde une bonne partie de l’efficacité de l’original. Pour beaucoup de joueurs européens, c’est même l’un des jeux qui résument le mieux le catalogue Elite : simple, arcade, immédiat, facile à comprendre, difficile à maîtriser.

Avec Ghosts ’n Goblins, le pari est plus compliqué. Le jeu de Capcom est déjà impitoyable en arcade, avec ses ennemis nombreux, ses animations, son ambiance gothique et son rythme cruel. Le porter sur micros demande de réduire sans casser. Le résultat varie selon les versions, mais le nom du jeu suffit à faire rêver les joueurs de l’époque. Elite vend ici un morceau d’arcade à domicile, même si la machine familiale ne peut pas toujours tenir toute la promesse de la borne.

Paperboy illustre encore une autre facette du catalogue. Le jeu d’Atari Games repose sur une idée très américaine : livrer des journaux à vélo dans une rue pleine d’obstacles absurdes. Sa conversion par Elite marque les esprits, notamment parce que le concept est immédiatement reconnaissable. Même simplifié, même moins fluide, Paperboy garde ce charme étrange d’un jeu d’arcade qui transforme une tournée de journaux en parcours du combattant.

Elite Systems publie aussi Space Harrier, 1942, Scooby-Doo, Frank Bruno’s Boxing, Ikari Warriors, Thundercats, Beyond the Ice Palace, Dragon’s Lair ou encore Live and Let Die. Le catalogue mélange adaptations arcade, licences télévisées, sport, action et productions originales. Comme chez beaucoup d’éditeurs britanniques de cette époque, la qualité varie beaucoup, mais la présence commerciale est forte.

Elite comprend aussi très tôt l’importance des compilations et des rééditions économiques. La société utilise notamment les labels Hit-Pak pour certaines compilations et Encore pour des ressorties à petit prix. C’est un aspect important du marché anglais : un jeu peut avoir une première vie à prix fort, puis revenir quelques années plus tard dans une gamme budget et toucher un autre public. Elite sait exploiter ce cycle.

Cette stratégie donne à l’éditeur une place solide dans les années 80. Son nom n’a pas toujours le prestige d’un Ocean, d’un U.S. Gold ou d’un Hewson, mais il reste très familier aux joueurs micros. Une boîte Elite, c’est souvent la promesse d’un jeu venu de l’arcade ou d’une licence connue, adapté avec plus ou moins de bonheur sur la machine du foyer. Parfois la magie opère, parfois elle se cabosse dans les limites du support.

Le passage aux 16 bits et aux consoles sera plus difficile. Elite continue de publier et de développer, mais le marché change. Les conversions arcade deviennent plus coûteuses, les joueurs attendent davantage, les consoles imposent d’autres standards et les grands éditeurs prennent de plus en plus de place. Le modèle qui avait fait la force d’Elite sur Spectrum, CPC ou C64 perd progressivement de son efficacité.

Dans les années suivantes, la société reste active de manière plus discrète, notamment avec des jeux sur consoles, puis avec le retrogaming et des rééditions sur supports modernes. Elite tente même de valoriser son lien avec la mémoire du ZX Spectrum à travers des applications mobiles et le projet Recreated ZX Spectrum, un clavier Bluetooth reprenant l’apparence de la machine originale. Ce retour vers le rétro montre bien à quel point l’identité de la société reste liée à l’âge micro britannique.

L’héritage d’Elite Systems est donc assez clair. Ce n’est pas un studio d’auteur, ni un grand créateur d’univers originaux. C’est d’abord un passeur d’arcade. Une société qui a permis à de nombreux joueurs de retrouver chez eux, sur cassette ou disquette, des titres aperçus en salle ou dans les magazines : Bomb Jack, Commando, Ghosts ’n Goblins, Paperboy, Space Harrier, Ikari Warriors. Toutes les conversions ne sont pas parfaites, loin de là, mais elles racontent très bien cette époque où l’on acceptait beaucoup de compromis pour avoir un peu d’arcade dans sa chambre.

Elite Systems n’a jamais vraiment livré une légende unique autour de son nom. Il a plutôt accumulé des souvenirs de joueurs, support par support, cassette par cassette. Une jaquette prometteuse, un logo familier, un hit d’arcade adapté tant bien que mal, un chargement interminable, puis parfois le plaisir de retrouver une borne mythique sur un écran beaucoup plus modeste. C’est dans cette promesse, fragile mais très représentative des années 80, que le nom Elite garde encore son intérêt.

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