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FIREBIRD

Logo de la société FIREBIRD
INFORMATIONS
Année de création1984
Année de fermeture1989
NationalitéAnglais
JEUX
1987
Star Trek - Rebel Universe
1988
Pandora
1989
Savage
Rick Dangerous
HISTOIRE

Firebird Software fait partie de ces noms que l’on retrouve souvent sur les jaquettes des jeux micro britanniques des années 80. Ce n’est pas vraiment un studio au sens classique du terme, mais plutôt un label d’édition créé par Telecomsoft, filiale de British Telecom, en 1984. À l’époque, le marché du jeu vidéo sur micro explose au Royaume-Uni. ZX Spectrum, Commodore 64, Amstrad CPC, BBC Micro : chaque machine possède son public, ses magazines, ses développeurs solitaires et ses petites merveilles vendues sur cassette.

L’idée de British Telecom peut surprendre aujourd’hui. Que vient faire une grande société de télécommunications dans le jeu vidéo ? Justement, c’est aussi ce qui rend cette période intéressante. Le secteur est encore jeune, les frontières sont floues, et beaucoup d’acteurs pensent qu’il y a là un marché à prendre. Telecomsoft est créée pour éditer des logiciels, mais ce sont surtout ses labels de jeux qui vont rester dans les mémoires : Firebird, Rainbird et plus tard Silverbird.

Le label devait d’abord s’appeler Firefly Software, mais le nom était déjà pris. Firebird est finalement retenu, avec ce logo d’oiseau flamboyant qui colle parfaitement à l’époque. Le label se divise rapidement en plusieurs gammes. Firebird Silver propose des jeux à petit prix, vendus autour de 2,50 livres, tandis que Firebird Gold accueille des titres plus ambitieux et plus chers. Cette distinction est importante, car Firebird va justement réussir à occuper deux terrains à la fois : le jeu budget accessible et le titre plus prestigieux.

La gamme budget rencontre vite son public. Sur les micros 8 bits, beaucoup de joueurs n’ont pas les moyens d’acheter régulièrement des jeux plein tarif. Firebird comprend qu’un bon titre vendu moins cher peut circuler largement, remplir les rayons et créer une vraie fidélité. Des jeux comme Booty montrent que le label peut proposer du divertissement simple, immédiat, sans donner l’impression de vendre du sous-produit. Le prix est bas, mais l’ambition n’est pas absente.

Firebird va surtout se distinguer par un catalogue très riche, parfois inégal, mais rempli de titres marquants. On y croise Elite, l’un des jeux les plus importants de l’histoire du micro, publié sur plusieurs machines. Avec son commerce spatial, sa liberté, ses combats en 3D fil de fer et son univers ouvert avant l’heure, Elite dépasse largement le cadre du simple jeu d’action. C’est un monde dans une cassette, une promesse d’infini dans quelques kilo-octets.

Le label publie aussi des titres comme Thrust, The Sentinel, Chimera, Rana Rama, Runestone, Gyron, Warhawk ou encore Olli & Lissa. Tous ne jouent pas dans la même catégorie, mais beaucoup partagent cette couleur très britannique : des idées fortes, parfois austères, souvent exigeantes, avec une grande confiance dans l’intelligence du joueur. Firebird ne se limite pas à l’arcade facile. Il publie aussi des jeux qui demandent d’observer, de comprendre, de persévérer.

The Sentinel, conçu par Geoff Crammond, résume bien cette audace. Difficile à expliquer en quelques mots, le jeu mélange stratégie, observation, déplacement indirect et tension permanente. Le joueur doit progresser dans des paysages étranges tout en évitant le regard d’une entité immobile mais menaçante. Ce n’est pas le genre de concept que l’on vend facilement avec une phrase choc, mais c’est exactement ce qui faisait la richesse du jeu micro britannique : des idées impossibles à classer, mais inoubliables lorsqu’elles fonctionnaient.

Thrust, de son côté, montre l’autre visage de Firebird : celui du jeu simple en apparence, mais redoutable dans son exécution. Piloter un petit vaisseau soumis à l’inertie, récupérer une capsule, éviter les tirs, gérer la gravité et s’extraire d’un décor hostile : tout tient en peu de choses, mais chaque erreur coûte cher. Un jeu typique de cette époque où la difficulté ne cherchait pas à séduire le joueur, mais à le défier frontalement.

En parallèle, Telecomsoft lance Rainbird en 1986 pour ses productions plus ambitieuses, notamment sur Atari ST, Amiga et PC. C’est sous ce label que sortiront des titres comme The Pawn, Starglider, Jinxter, Carrier Command ou encore Midwinter. Firebird reste alors davantage associé aux titres 8 bits et aux productions plus directes, tandis que Rainbird porte l’image plus haut de gamme du groupe. Silverbird viendra ensuite reprendre plus clairement le rôle de label budget.

Cette organisation en labels montre bien la maturité assez étonnante de Telecomsoft pour l’époque. Plutôt que de tout publier sous un même nom, l’éditeur segmente son catalogue selon le prix, le public et l’ambition des titres. Firebird pour l’énergie micro et les jeux accessibles, Rainbird pour les aventures plus sophistiquées, Silverbird pour le budget bien identifié. Une logique presque moderne, à une époque où beaucoup d’éditeurs empilent encore les sorties sans véritable ligne claire.

Firebird bénéficie aussi du dynamisme incroyable de la scène britannique. Les développeurs y sont nombreux, souvent très jeunes, parfois isolés, mais capables de produire seuls ou à deux des jeux étonnants. Le label sert alors de relais entre ces créateurs et un marché en pleine expansion. Dans un pays où les magazines jouent un rôle central et où les cassettes se vendent à grande vitesse, Firebird devient rapidement une marque familière.

La fin arrive avec le rachat de Telecomsoft par MicroProse en 1989. Pour les joueurs, cela marque le début de la disparition progressive de cette galaxie de labels. Firebird, Rainbird et Silverbird ne s’éteignent pas tous exactement au même moment ni de la même manière, mais l’esprit des premières années appartient déjà au passé. Le marché change, les 16 bits montent en puissance, les budgets augmentent, et les petits labels très identifiables des années cassette perdent peu à peu leur place.

L’héritage de Firebird reste pourtant considérable. En quelques années seulement, le label aura accompagné une partie essentielle du jeu micro britannique. Elite, Thrust, The Sentinel, Rana Rama, Warhawk, Booty : autant de titres qui rappellent une époque où un jeu pouvait tenir dans très peu de mémoire, mais ouvrir des mondes immenses. Firebird n’était pas toujours synonyme de luxe ou de finition parfaite, mais son nom annonçait souvent une idée, un défi, une curiosité.

Aujourd’hui, Firebird reste comme une empreinte de cette période anglaise où le jeu vidéo se fabriquait vite, parfois dans une chambre, parfois dans un petit bureau, avec des moyens limités et une imagination énorme. Un label né dans les bureaux d’une grande compagnie de télécommunications, mais qui aura finalement capté quelque chose de très simple : sur micro, le prix comptait, bien sûr, mais l’idée comptait encore plus.

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