Mindscape est un éditeur américain fondé en 1983 par Roger Buoy, à Northbrook, dans l’Illinois. La société arrive après le krach nord-américain du jeu vidéo, dans un marché qui cherche de nouveaux repères. Plutôt que de miser uniquement sur l’arcade ou les consoles, Mindscape se tourne beaucoup vers les micro-ordinateurs : Apple II, Macintosh, Commodore 64, Amiga, Atari ST, PC et plusieurs autres machines.
Cette orientation va donner au catalogue Mindscape une couleur particulière. L’éditeur ne se limite pas à un genre précis. Il publie des jeux d’aventure, des simulations, des titres éducatifs, des jeux de rôle, des adaptations sous licence et des productions plus expérimentales. Cette diversité peut parfois donner une impression de catalogue dispersé, mais elle montre aussi une vraie curiosité pour les formes nouvelles du jeu sur ordinateur.
L’un des premiers grands titres associés à Mindscape est Balance of Power, créé par Chris Crawford et publié en 1985. Le jeu propose une simulation géopolitique de la guerre froide, dans laquelle le joueur incarne les États-Unis ou l’Union soviétique. L’objectif n’est pas de conquérir le monde par les armes, mais d’accroître son influence sans déclencher de guerre nucléaire. Pour l’époque, le sujet est audacieux, presque intimidant, et très loin du simple jeu d’action. ([fr.wikipedia.org](https://fr.wikipedia.org/wiki/Balance_of_Power_%28jeu_vid%C3%A9o%29))
Balance of Power résume bien une partie de l’identité Mindscape : publier des jeux capables de s’adresser à des joueurs qui veulent réfléchir, analyser, prendre des décisions et accepter des conséquences. Le jeu sera particulièrement remarqué sur Macintosh et Apple II, avant d’être porté sur d’autres machines. Il donne à Mindscape une image d’éditeur sérieux, capable de soutenir un projet que d’autres auraient jugé trop risqué.
Mindscape publie aussi les aventures de la série MacVenture, développées par ICOM Simulations. Déjà Vu, Uninvited et Shadowgate proposent une interface graphique en fenêtres, avec inventaire, icônes, descriptions et actions à sélectionner. Sur Macintosh, puis sur Amiga, Atari ST, PC et autres supports, ces jeux offrent une manière plus visuelle et plus accessible d’aborder l’aventure, loin du pur analyseur de texte.
Déjà Vu plonge le joueur dans une enquête de film noir, avec amnésie, meurtre et rues dangereuses. Uninvited explore l’horreur dans une maison inquiétante. Shadowgate se tourne vers la fantasy sombre et les pièges mortels. Ces titres n’ont pas toujours la souplesse des futurs point & click LucasArts, mais ils marquent une étape importante dans l’évolution de l’aventure graphique sur micro.
Le catalogue Mindscape contient aussi des jeux très variés comme The Halley Project, simulation spatiale éducative publiée en 1985, ou Indiana Jones in Revenge of the Ancients, aventure textuelle sous licence Lucasfilm sortie en 1987. La société montre ainsi sa capacité à publier aussi bien des jeux sérieux, presque pédagogiques, que des titres rattachés à de grandes marques populaires. ([en.wikipedia.org](https://en.wikipedia.org/wiki/The_Halley_Project))
À la fin des années 80 et au début des années 90, Mindscape devient aussi un nom que l’on croise souvent sur Amiga, Atari ST et PC. L’éditeur publie des titres comme Moonstone: A Hard Days Knight, Legend, Captive, Warhammer: Shadow of the Horned Rat, Warhammer: Dark Omen ou encore Lego Island. Tous ne relèvent pas de la même époque ni de la même ambition, mais ils montrent une chose : Mindscape sait repérer des projets très différents, parfois difficiles à classer.
Moonstone, sorti sur Amiga en 1991, est l’un des titres les plus mémorables de cette période. Mélange de jeu de plateau, d’action médiévale, de combats sanglants et d’aventure fantastique, il possède une brutalité et une personnalité rares. Le jeu est rude, parfois déséquilibré, mais son ambiance, ses affrontements et son multijoueur lui donneront un statut culte auprès de nombreux amigaïstes.
Legend, développé par Magnetic Scrolls et publié par Mindscape en 1992, appartient à un registre très différent. Jeu de rôle en 3D isométrique, il propose une exploration en équipe, de la magie, des combats et une interface dense. Là encore, Mindscape ne cherche pas forcément le jeu le plus simple à vendre, mais publie un titre plus exigeant, destiné à des joueurs PC, Amiga ou Atari ST prêts à passer du temps dans un système riche.
Mindscape est également très présent dans l’éducation et les logiciels familiaux, un secteur qui deviendra de plus en plus important pour son destin. La société publie ou distribue des programmes destinés aux enfants, aux écoles et aux familles. Cette double identité, entre jeux parfois ambitieux et logiciels éducatifs, rapproche Mindscape d’autres acteurs américains comme Brøderbund ou The Learning Company.
La trajectoire de la société est ensuite marquée par une longue série de rachats. Mindscape devient indépendant après un rachat par sa direction à la fin des années 80, entre en bourse, puis est racheté en 1990 par The Software Toolworks, notamment en raison de sa licence Nintendo. En 1994, The Software Toolworks passe sous contrôle de Pearson, puis Mindscape finit dans l’orbite de The Learning Company à la fin des années 90. ([en.wikipedia.org](https://en.wikipedia.org/wiki/Mindscape_%28company%29))
Ces changements successifs brouillent peu à peu l’identité de la marque. Mindscape continue d’exister, publie des jeux sur PC, consoles et supports éducatifs, mais l’esprit des années 80 et du début des années 90 se dilue. Comme beaucoup d’éditeurs de cette période, la société devient moins un lieu créatif identifiable qu’un nom utilisé dans des catalogues, des acquisitions et des restructurations.
Le nom Mindscape sera ensuite relancé en France au début des années 2000, avec une société basée à Boulogne-Billancourt, davantage tournée vers les jeux grand public, familiaux et éducatifs. Mais cette seconde vie ne retrouvera pas l’éclat de la période américaine. L’entreprise finira par se retirer du jeu vidéo en 2011 avant sa liquidation. ([en.wikipedia.org](https://en.wikipedia.org/wiki/Mindscape_%28company%29))
L’héritage de Mindscape reste donc assez large, mais parfois difficile à résumer. L’éditeur n’a pas une seule mascotte, ni une série unique qui écrase tout le reste. Il laisse plutôt une constellation de titres : Balance of Power, Déjà Vu, Uninvited, Shadowgate, The Halley Project, Moonstone, Legend, Captive, Warhammer: Shadow of the Horned Rat ou Lego Island.
Mindscape n’a pas toujours été un éditeur régulier, ni très facile à identifier. Mais dans ses meilleures années, il a publié des jeux qui avaient du caractère : simulations politiques, aventures graphiques, RPG, titres étranges, licences et programmes éducatifs. Une maison d’édition de micro-ordinateurs au sens large, plus qu’un simple fabricant de hits, avec ce goût très années 80 pour les logiciels qui veulent parfois instruire, parfois surprendre, parfois simplement ouvrir une autre fenêtre sur l’écran.