Mastertronic est un éditeur britannique fondé en 1983 par Martin Alper, Frank Herman, Terry Medway et Alan Sharam. Son idée est simple, presque brutale : vendre des jeux vidéo à très bas prix, en cassette, pour les micros 8 bits les plus populaires de l’époque. Là où beaucoup d’éditeurs misent sur des jeux plein tarif, Mastertronic choisit le volume, la distribution massive et l’achat impulsif.
Le prix devient son arme principale. À 1,99 livre au Royaume-Uni, les jeux Mastertronic sont accessibles à presque tous les jeunes joueurs. On ne parle pas d’un gros achat réfléchi, mais d’une cassette que l’on peut acheter avec un peu d’argent de poche. Cette politique change beaucoup de choses. Elle permet à des joueurs d’essayer davantage de titres, mais aussi à des développeurs débutants de voir leurs jeux publiés sans devoir passer par les circuits plus prestigieux.
La force de Mastertronic tient aussi à sa distribution. La société ne se limite pas aux magasins d’informatique. Elle place ses jeux dans les marchands de journaux, les stations-service, les magasins de jouets, les grandes surfaces et tous les endroits prêts à vendre des cassettes. Pour l’époque, c’est une intuition commerciale majeure. Le jeu vidéo quitte les rayons spécialisés et devient un produit que l’on peut acheter presque comme un magazine ou une confiserie électronique.
Le catalogue est immense, surtout sur Commodore 64, ZX Spectrum, Amstrad CPC et Commodore 16. La qualité varie forcément beaucoup. Certains jeux sont très modestes, parfois oubliables, mais d’autres deviennent de vrais souvenirs de joueurs : Action Biker, Finders Keepers, Chiller, Kikstart, Spellbound, Master of Magic, One Man and His Droid ou encore The Last V8. Mastertronic ne vend pas toujours du grand luxe, mais il vend du jeu, beaucoup de jeu, et à un prix que les adolescents peuvent comprendre.
En 1985, la société lance le label Mastertronic Added Dimension, souvent abrégé en M.A.D.. Les jeux y sont vendus un peu plus cher, généralement 2,99 livres, avec l’idée de proposer des titres plus ambitieux que la gamme de base. The Last V8, Knight Tyme ou 180 s’inscrivent dans cette logique. Mastertronic comprend qu’il peut conserver son image budget tout en créant une gamme légèrement supérieure, plus visible, plus attractive.
Le label Ricochet servira plus tard à rééditer à bas prix des jeux initialement vendus plein tarif par d’autres éditeurs. Là encore, Mastertronic exploite parfaitement la logique du marché britannique : un jeu peut avoir une première vie à prix fort, puis revenir quelques mois ou années plus tard dans une gamme économique. Pour beaucoup de joueurs, ces rééditions seront le seul moyen de découvrir certains titres.
Mastertronic joue aussi un rôle important pour de nombreux développeurs. Le modèle budget permet de publier vite et beaucoup, parfois avec des équipes très réduites. Tout n’est pas remarquable, loin de là, mais cette ouverture donne leur chance à des auteurs qui n’auraient peut-être jamais trouvé de place chez les grands éditeurs. Le catalogue Mastertronic ressemble ainsi à un grand bazar : du très moyen, du maladroit, mais aussi des idées fraîches, des jeux étranges et quelques réussites inattendues.
Le succès de la société tient donc moins à un seul grand classique qu’à une méthode. Mastertronic comprend mieux que beaucoup d’autres le joueur micro britannique des années 80 : jeune, curieux, limité en budget, toujours prêt à tenter une nouveauté si le prix est assez bas. Une cassette Mastertronic, c’était parfois une déception, parfois une bonne surprise, mais rarement un drame financier.
La société va ensuite changer d’échelle. Virgin entre au capital, puis rachète progressivement Mastertronic. En 1988, la fusion avec Virgin Games donne naissance à Virgin Mastertronic. Le nom Mastertronic continue encore quelque temps sur certains jeux, mais l’entreprise s’oriente de plus en plus vers une autre activité : la distribution de matériel Sega au Royaume-Uni et en Europe.
Ce virage Sega est décisif. Mastertronic distribue la Master System au Royaume-Uni, puis participe à l’implantation de Sega en Europe. Cette activité devient rapidement plus rentable et plus stratégique que le vieux marché des jeux budget sur micro. À mesure que les enfants délaissent les micros 8 bits pour les consoles, Mastertronic accompagne presque naturellement ce basculement.
En 1991, Sega reprend l’activité, ce qui mène à la création de Sega Europe. La partie édition traditionnelle, elle, évolue vers Virgin Interactive. D’une certaine manière, Mastertronic disparaît au moment même où son plus grand coup commercial réussit : avoir contribué à installer Sega comme un acteur majeur du marché européen.
L’héritage de Mastertronic est donc très particulier. Ce n’est pas un éditeur que l’on associe à une grande saga unique, ni à une identité artistique prestigieuse. C’est plutôt l’entreprise qui a démocratisé le jeu budget au Royaume-Uni, qui a rempli les présentoirs de cassettes bon marché et qui a transformé le jeu micro en produit de grande circulation.
Mastertronic n’a pas toujours publié de grands jeux, mais il a publié beaucoup de jeux, au bon prix, au bon endroit et au bon moment. Pour toute une génération de joueurs Spectrum, Commodore 64 ou Amstrad CPC, son logo évoque les cassettes achetées sur un coup de tête, les jaquettes parfois plus prometteuses que le contenu, les bonnes surprises cachées dans le budget, et cette époque où deux livres suffisaient à ramener une nouvelle aventure à la maison.