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Muriel Tramis

Portrait de Muriel Tramis
FICHE
PrénomMuriel
NomTRAMIS
LUDOGRAPHIE
1991
GobliiinsProducteur
FascinationAuteur
1992
Gobliins 2Producteur
Bargon AttackProducteur
1993
Lost in TimeAuteur
Goblins 3Producteur
1994
Woodruff et le Schnibble d AzimuthProducteur
1996
Urban RunnerAuteur
BIOGRAPHIE

Muriel Tramis est une ingénieure, conceptrice et directrice française de jeux vidéo, principalement connue pour son travail chez Coktel Vision. Son parcours reste associé à des jeux comme Méwilo, Freedom, Geisha, Fascination, Lost in Time et Urban Runner, ainsi qu’aux séries Gobliiins, ADI et Adibou.

Originaire de Fort-de-France, en Martinique, elle obtient son baccalauréat scientifique à 16 ans, puis quitte l’île pour poursuivre ses études à l’Institut supérieur d’électronique de Paris. Une fois diplômée, elle travaille pendant plusieurs années comme ingénieure à l’Aérospatiale, notamment sur des systèmes liés aux appareils télépilotés et aux essais de missiles.

Souhaitant se tourner vers une activité plus créative, elle quitte l’industrie aéronautique et complète sa formation dans les domaines du marketing et de la communication. Elle découvre alors les premiers outils de création graphique sur ordinateur et rejoint Coktel Vision en 1986, à une époque où la société commence à développer ses propres jeux sur micro-ordinateurs.

Son premier projet est Méwilo, publié en 1987 sur Amstrad CPC, Atari ST et Thomson. L’intrigue se déroule à Saint-Pierre, en Martinique, à la veille de l’éruption de la montagne Pelée en 1902. Le joueur incarne un parapsychologue chargé d’enquêter sur un mystérieux zombi qui hanterait une ancienne habitation.

Pour écrire le jeu, Muriel Tramis collabore avec l’écrivain martiniquais Patrick Chamoiseau. Méwilo ne se contente pas d’utiliser les Antilles comme simple décor exotique : son scénario aborde l’histoire coloniale, les révoltes d’esclaves, les croyances populaires et les tensions sociales de la Martinique du début du XXe siècle.

Elle retrouve Patrick Chamoiseau sur Freedom : Les Guerriers de l’ombre, sorti en 1988. Le joueur y incarne un esclave qui dispose d’une nuit pour s’enfuir d’une plantation. Le jeu mêle stratégie, combat et jeu de rôle, avec la possibilité de convaincre d’autres esclaves de participer à la révolte ou de préparer la fuite dans la plus grande discrétion.

Méwilo et Freedom occupent une place particulière dans le jeu vidéo français des années 80. Ils abordent directement l’esclavage et les conséquences de la colonisation, des thèmes alors presque absents du média. Muriel Tramis les considère comme deux œuvres profondément liées à l’histoire et à la culture créoles.

Elle participe ensuite à plusieurs adaptations de bandes dessinées, parmi lesquelles Blueberry, La Marque jaune et La Légende de Djel. Selon les projets, elle intervient dans la conception, la programmation, l’écriture ou la direction des équipes, devenant progressivement l’une des principales responsables créatives de Coktel Vision.

Muriel Tramis explore également un registre plus adulte avec Emmanuelle, Geisha et Fascination. Ces jeux sont publiés sous le label Tomahawk afin de les distinguer des productions éducatives de Coktel Vision. Leur érotisme reste généralement suggestif et sert de cadre à des intrigues d’aventure, d’espionnage ou de manipulation.

Dans Geisha, sorti en 1990, le joueur part au Japon à la recherche d’une femme enlevée par un savant. Fascination, publié l’année suivante, met en scène Doralice, une hôtesse de l’air entraînée dans une affaire impliquant une substance capable d’augmenter l’attirance sexuelle. Muriel Tramis poursuit cette histoire avec Lost in Time, mais en laissant de côté son aspect le plus érotique.

À partir du début des années 90, elle supervise de nombreux projets de Coktel Vision. Elle participe notamment aux trois premiers épisodes de Gobliiins avec le graphiste et concepteur Pierre Gilhodes. La série se distingue par son humour absurde, ses personnages expressifs et ses énigmes construites autour de la coopération entre plusieurs petits héros.

Elle dirige également Lost in Time, publié en 1993 sur PC. L’aventure mêle exploration, voyages temporels et séquences filmées, avec une héroïne confrontée à un secret remontant à l’époque de l’esclavage. Le jeu fait partie des premières productions de Coktel Vision conçues pour exploiter les capacités du CD-ROM.

Muriel Tramis retrouve ensuite Pierre Gilhodes sur Woodruff et le Schnibble d’Azimuth. Elle dirige ce jeu d’aventure situé dans un monde post-apocalyptique où les humains oppriment un peuple de mutants appelés les Bouzouks. Sous son humour et ses personnages caricaturaux, le jeu aborde les inégalités, le racisme, le fanatisme et les abus de pouvoir.

En 1996, elle réalise Urban Runner, une aventure entièrement construite autour de séquences filmées avec de véritables acteurs. Le joueur suit un journaliste accusé de meurtre et doit parfois passer d’un personnage à l’autre pour échapper à ses poursuivants. Le projet demande un important travail de tournage, de montage et d’intégration vidéo.

Parallèlement aux jeux d’aventure, Muriel Tramis participe activement au développement des logiciels éducatifs de Coktel Vision. Elle conçoit d’abord La Bosse des maths, puis contribue à la création d’ADI, un personnage extraterrestre chargé d’accompagner les élèves dans leurs exercices de français et de mathématiques.

Elle encadre les enseignants et les équipes techniques afin d’adapter les contenus scolaires aux possibilités interactives de l’ordinateur. Le concept est ensuite décliné pour les enfants plus jeunes avec Adibou puis Adiboud’chou. Ces gammes deviennent l’une des principales réussites commerciales de Coktel Vision sur le marché éducatif européen.

Après le rapprochement de Coktel Vision avec Sierra On-Line au début des années 90, Muriel Tramis poursuit la direction de jeux d’aventure et de projets éducatifs. Lorsque les réorganisations successives orientent davantage la société vers les logiciels jeunesse, elle se concentre principalement sur les gammes ADI et Adibou.

Elle quitte finalement le groupe Vivendi en 2003 et fonde Avantilles, une société spécialisée dans les applications interactives, les environnements en trois dimensions et les outils pédagogiques. Elle développe notamment des projets consacrés à la formation, au patrimoine antillais et à la lutte contre l’illettrisme.

En 2018, Muriel Tramis est nommée chevalier de la Légion d’honneur pour sa contribution au jeu vidéo et au numérique. Elle devient alors la première créatrice de jeux vidéo française à recevoir cette distinction. Son parcours reste marqué par une grande diversité, depuis les récits historiques et politiques de Méwilo et Freedom jusqu’à l’humour de Gobliiins et aux logiciels éducatifs qui ont accompagné plusieurs générations d’enfants.

  • Emmanuelle Reportage
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