Howard Scott Warshaw, souvent abrégé HSW, est un game designer et programmeur américain, surtout connu pour son travail chez Atari au début des années 80. En seulement quelques années, il signe trois jeux devenus indissociables de l’histoire de l’Atari 2600 : Yars’ Revenge, Raiders of the Lost Ark et E.T. the Extra-Terrestrial.
Après une maîtrise en génie informatique, Warshaw commence sa carrière chez Hewlett-Packard comme ingénieur systèmes. Le poste est stable, mais il ne lui convient pas vraiment. Il cherche un environnement plus créatif, plus libre, plus proche de la programmation temps réel. En 1981, il rejoint Atari, alors en pleine ascension.
Son premier grand projet chez Atari devait être une adaptation de Star Castle, jeu d’arcade de Cinematronics. Mais les limites de l’Atari 2600 rendent une conversion fidèle presque impossible. Plutôt que de produire une version affaiblie, Warshaw repense complètement le concept. Le résultat devient Yars’ Revenge, publié en 1982.
Yars’ Revenge est un énorme succès et reste l’un des jeux originaux les plus vendus de l’Atari 2600. Le joueur y contrôle une créature volante affrontant un ennemi protégé par une barrière, dans une arène étrange et très abstraite. Le jeu tire habilement parti des contraintes de la console, au point que plusieurs de ses bizarreries visuelles deviennent des éléments d’identité plutôt que de simples limites techniques.
Ce succès vaut à Warshaw d’être choisi pour développer Raiders of the Lost Ark, adaptation du film de Steven Spielberg Les Aventuriers de l’arche perdue. Le jeu, publié en 1982, tente de transposer l’esprit d’Indiana Jones sur Atari 2600 avec une structure d’aventure plus complexe que la moyenne. Il demande au joueur d’explorer, d’utiliser des objets, de comprendre des situations parfois cryptiques et d’accepter une certaine part d’expérimentation.
Raiders of the Lost Ark ne sera pas un succès aussi évident que Yars’ Revenge, mais il reste un titre important pour la console. Il montre la volonté d’Atari de dépasser le simple jeu d’action immédiat et de proposer une adaptation plus ambitieuse, même si les limites de la machine rendent l’expérience parfois difficile à lire pour le joueur.
Après Raiders, Warshaw se voit confier l’adaptation d’E.T. the Extra-Terrestrial. Le contexte est très particulier : Atari veut sortir le jeu à temps pour Noël 1982 et profiter de l’immense succès du film. Le délai est extrêmement court. Warshaw doit concevoir et programmer le jeu en environ cinq semaines, un calendrier presque absurde pour un projet aussi exposé.
E.T. sort bien à temps, mais le jeu est très mal accueilli. Beaucoup de joueurs le trouvent confus, frustrant, difficile à comprendre. Les chutes répétées dans les puits, les objectifs peu lisibles et la pression commerciale autour de la licence en font rapidement un symbole d’échec. Atari avait produit beaucoup trop de cartouches, persuadé que le nom du film suffirait à vendre massivement le jeu.
L’échec d’E.T. est souvent présenté comme la cause du krach du jeu vidéo de 1983, mais cette idée est trop simplificatrice. Le marché américain était déjà fragilisé par la saturation des consoles, la multiplication de jeux médiocres, la perte de confiance des distributeurs et les erreurs stratégiques d’Atari. E.T. devient surtout le symbole parfait d’un désordre déjà bien installé.
En 1983, Atari se débarrasse d’une partie de ses stocks invendus dans une décharge d’Alamogordo, au Nouveau-Mexique. Pendant des années, cette histoire devient une légende, souvent exagérée ou déformée. En 2014, des fouilles menées dans le cadre du documentaire Atari: Game Over confirment bien l’enfouissement de cartouches et de matériel Atari, dont des exemplaires d’E.T.. Le jeu n’était toutefois qu’une partie du stock enterré.
Après l’effondrement d’Atari et la revente de la branche grand public à Jack Tramiel, Warshaw s’éloigne progressivement de l’industrie du jeu vidéo. Il explore d’autres domaines, notamment la production vidéo, l’écriture et plus tard la psychothérapie. Cette reconversion donnera une couleur particulière à ses prises de parole, souvent plus nuancées que la légende noire construite autour d’E.T..
En 2003, il réalise Once Upon Atari, une série documentaire consacrée à l’âge d’or d’Atari, avec de nombreux témoignages d’anciens employés, programmeurs et designers. Le projet permet de revenir sur cette période avec plus de recul, loin du seul récit de la chute et des cartouches enterrées.
Il participe également au documentaire Atari: Game Over, sorti en 2014, où il assiste aux fouilles d’Alamogordo. La scène est forte, car Warshaw se retrouve face à la matérialisation d’une légende qui lui a longtemps collé à la peau. Voir ressortir les cartouches d’E.T. du désert referme symboliquement un chapitre de l’histoire Atari.
En 2020, il publie Once Upon Atari: How I Made History by Killing an Industry, un livre au titre volontairement ironique dans lequel il revient sur ses années chez Atari. Il y raconte la culture interne de la société, la liberté offerte aux programmeurs, la pression des licences, l’ambiance de création permanente et la manière dont E.T. a fini par résumer injustement toute une crise industrielle.
Howard Scott Warshaw continue ensuite à intervenir dans des conférences, documentaires et interviews consacrés à l’histoire du jeu vidéo. Il a aussi contribué à des projets patrimoniaux autour d’Atari, notamment l’Atari Flashback et la compilation Atari 50: The Anniversary Celebration.
Son parcours reste unique : en trois jeux seulement chez Atari, il a signé l’un des plus grands succès originaux de l’Atari 2600, une adaptation ambitieuse d’Indiana Jones, puis l’un des échecs les plus célèbres de l’histoire du jeu vidéo. HSW n’a pas détruit une industrie, contrairement à la blague qu’il entretient lui-même, mais il s’est retrouvé au centre d’un moment où le jeu vidéo américain est passé brutalement de l’euphorie à la gueule de bois.